Histoire de la Tour (suite)
On
vient de découvrir, dans les archives de la société Eiffel, cette étude
de Maurice Koechlin qui confirme ce que l’on soupçonnait déjà : à savoir
que l’oncle Maurice s’était fortement inspiré, pour le dessin de la
Tour, de la morphologie de son animal fétiche, la girafe...
1er avril 2005
Jean-Claude Koechlin (AR2233**)
Légende
ou vérité ? A vous de juger...
Dans le petit village de Saint-Bonnet-le-Courreau (Loire), au pays des
Monts de Forez, se dresse une croix que vous pouvez voir ici sur la
reproduction d'une carte postale. Au dos de la carte il est indiqué "La
croix du Plâtre. L'architecture du socle aurait inspiré Gustave Eiffel
(pour la Tour)". Ceci s'expliquerait par le fait qu'Eiffel venait dans
le pays pour visiter son ami Louis Lépine (oui, le préfet et le concours
du même nom) qui avait des attaches familiales par là.
Mais il y a tout de même un problème ! Tout le monde le sait, maintenant :
ce n'est pas de la plume de Gustave Eiffel qu'est née la Tour Eiffel.
J'ai été contacté par la responsable du musée d'un village voisin qui
essaie d'élucider le pourquoi de cette légende qui, pour elle, passe de
toute évidence par un lien avec la famille Lépine. Sachant que la Tour
est l'affaire de Maurice Koechlin (GA23, où se trouve le lien entre lui
et ce socle de pierre, source de l'inspiration ? Maurice K. était-il
passé par là ?
Il se trouve que le frère aîné de Louis Lépine, Raphaël, a épousé Mathilde
Koechlin (AM65 et GC135). Le degré de cousinage est relativement
lointain et Raphaël et Mathilde n'habitait pas cette contrée. Les
familles pouvaient se voir beaucoup plus aisément à Paris où à Lyon…
Pour ma part, il me semble que la Tour Eiffel doit son inspiration à une
source bien plus prosaïque : les pylônes construits par la société
Eiffel pour les ponts et autres ouvrages en cours. De plus, si vous
regardez de près, la forme du socle de pierre relèvent plus de
l'habillage du "pylône de 300 mètres" imaginé par l'architecte Sauvestre
que du dessin original de Maurice K.
Enfin - à vous de juger… Susan Koechlin (AJ52411*)

Editorial - La Tour Eiffel
...On vient de découvrir… Datée du 1er avril (vous l’aviez remarqué ?!)
cette information contient peut-être plus de sens qu’elle n’en a l’air.
“A vous de juger” – comme dit Susan.
Les Koechlin d’aujourd’hui n’ignorent plus, depuis longtemps, que la Tour
Eiffel n’est pas, sortie coiffée de son casque de fils de fer, du
cerveau de Gustave. Et nous avons l’habitude qu’on nous pose des
questions à son sujet. Laissons la girafe de côté pour le moment.
Mais pourquoi donc retrouver – ou croire retrouver – à grand renfort de
connexions généalogiques, une image de sa structure jusque dans la croix qui
décore le petit village de Saint Benoit le Courreau ?Ma réponse n’a rien à voir avec des filiations géniques ou génétiques, des
Dollfus, des Lépine ou des Koechlin, ou des modes architecturales. Elle est
toute technique. Elle est con-tenue dans le livre de Maurice Koechlin, La
Statique graphique, où il expose ses recherches en génie civil, sous la
direction de ses maîtres de l’Ecole Polytechnique de Zurich, les rois des ponts
et des viaducs, des premières voies ferrées.
En 1889, faisant visiter la Tour à un groupe d’ingénieurs, il leur expliquait
qu’il avait été amené à concevoir la Tour en fréquentant des planches
anatomiques et en y observant les articulations principales des grands animaux.
Est-ce de là que la familiarité de la girafe peut lui être imputée ? Je n’en ai
jamais entendu parler.
La question d’une similitude dans la forme de la croix de Saint Benoit est plus
intéressante. Maurice K., dans sa présentation technique, explique que pour
construire une structure haute, plus haute que toute autre – comme ce fut le cas
en 1889 pour la Tour – un technicien se heure à deux obstacles majeures : le
poids des matériaux et la force du vent qui l’assaille.
La construction en entrelacs de poutre était une réponse double : le poids était
diminué et l’air, passant au travers du treillis, perdait sa force.
Cela, l’auteur du dessin en forme de fresque - qui montre la girafe métamorphosé
- semble l’avoir compris. Avait-il en tête la loi de l’évolution? Selon Darwin?
Pour la masse du corps et la longueur du cou, un dinosaure aurait pu convenir
aussi. Mais la girafe est plus gracieuse, n’est ce pas?
Madeleine Fabre-Koechlin (GA2332*)