Sandrine Marchina (AH113132) - petite héritière du grand Charles Kœchlin
Du lyrisme au lyrique

"La cigale ayant chanté tout l'été
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue…"
On voit que La Fontaine n'y connaissait rien en art lyrique, car
faire des études musicales exige énormément de travail et, pour réaliser
son rêve, notre cigale de Sandrine a du déployer une ténacité de …fourmi
!
Difficile d'échapper à une lignée de Kœchlin écrivains (Voyage en
Asie Centrale), dessinateurs (Jean), aquarellistes (Jean-Léonard),
musiciens (Charles)…
Sandrine a fait des études de lettres classiques (Hypokhâgne et
Khâgne), tout en apprenant le violon, le piano et la danse. Mais c'est
en faisant une licence de lettres qu'elle rejoint le chœur de la
Sorbonne. Elle n'est "qu'une goutte d'eau dans l'onde sonore", dit-elle,
mais elle chante dans des lieux prestigieux (Salle Pleyel, le Châtelet
et même l'Alhambra de Grenade) tout en rêvant de prendre la place des
solistes. Au cours d'un stage, elle est remarquée et commence alors sa
formation lyrique en classe de conservatoire et en cours privé.
Métro–Boulot–Canto
Il faut cinq ans pour développer sa voix et dix ans pour apprendre à
s'en servir. Décidée à conquérir un Premier Prix de Conservatoire (dans
ce domaine, un deuxième prix est considéré comme un échec !) mais
consciente qu'il faut bien parallèlement gagner sa vie, Sandrine
s'inscrit à "La Femme Sec", une école de secrétariat parisienne, tout en
travaillant sa voix. Heureuse initiative ! Malgré les moqueries de
certains (Quoi ! du secrétariat après avoir fait Khâgne ?), elle n'a
jamais connu le chômage et, tout en vivant sa passion en dehors des
heures de bureau, Sandrine est aujourd'hui assistante d'un président de
société immobilière.
En 1986, elle obtient la première médaille au concours de l'UFAM avec
mention très bien à l'unanimité, puis, en 1999, un premier prix de Chant
avec les félicitations du Jury, composé entre autres de Mady Mesplé et
de Gabriel Bacquier.
Quelques années plus tard, on ne compte plus les concerts, opérettes
ou messes de mariage où notre cousine s'est produite. Elle chante ainsi
régulièrement avec plusieurs chefs de chœur, chefs d'orchestre ou
organistes, avec une mention particulière pour l'oratorio. Elle chante
également pour des événements d'entreprises (A.M.F., banques…).
Affectionnant particulièrement la scène et le théâtre, elle a déjà joué
dans une vingtaine d'opérettes (d'Offenbach à Maurice Yvain) ou dans des
opéras-comiques italiens de Rossini ou Donizetti.
Et tous les cousins se souviennent de la cousinade au Musée d'Orsay,
au cours de laquelle elle interpréta les mélodies de Charles Kœchlin, ou
d'autres concerts au Réarmement Moral. Sandrine a pu se produire dans
des lieux prestigieux tels que le Palais des Congrès Porte Maillot, les
salles Cortot et Gaveau, les salons Boffrand du Sénat, le Palais
Brongniart…
La scène sans l'ascèse !
Malgré les personnes qui la croient professionnelle ou la poussent à
faire ce métier, Sandrine tient à son indépendance financière qui lui
permet de chanter ce qu'elle veut, quand elle veut, pour son plaisir, et
d'avoir cette chance extraordinaire de toujours tenir des premiers
rôles. Elle chante ainsi souvent bénévolement au profit d'associations
caritatives : les 7 de la Cité, pour ne citer qu'eux, reversent leurs
profits à plus de vingt associations différentes.
Ce choix d'une "double vie" - assistante de direction le jour,
cantatrice les soirs et week-ends - est parfois lourd à assurer, surtout
lorsqu'il faut jongler entre des horaires de bureau et …un premier rôle
25 soirs de suite !
Quelques (més)aventures !
Cette vie, si riche déjà, est ponctuée d'anecdotes qu'il est toujours
plaisant de raconter.
Un des moments les plus émouvants de la "carrière" de Sandrine se
produisit il y a quelques années au cours d'une messe où Sandrine
chantait. A la fin de la cérémonie, un monsieur vient la trouver et lui
dit : " Ce que vous avez chanté m'a tellement bouleversé que je voudrais
que vous chantiez la même chose à mon enterrement. " Un mois plus tard,
Sandrine chantait à ses obsèques, l'homme étant décédé des suites d'un
cancer qu'il avait depuis longtemps.
Ailleurs, à un mariage où le père de la mariée était marxiste et
athée (!), il vint trouver Sandrine et lui dit : "Quand vous avez chanté
votre Ave Maria, cela m'a presque donné envie d'être croyant".
Une autre fois, à Deauville, Sandrine chante l'Ave Maria de Schubert.
" Ah, j'adore La Lettre à Elise ", s'exclame une dame, fine mélomane !
On pourrait encore évoquer cette messe de minuit au cours de laquelle
Sandrine chante une cantate de Bach accompagnée à l'orgue. Tout à coup,
toutes les lumières s'éteignent … le sacristain oubliant que l'organiste
et la chanteuse avaient besoin de voir leur partition ! Ils parvinrent
finalement au bout de la cantate ! On sut plus tard que les mamans
catéchistes avaient imaginé de faire défiler les petits enfants, une
bougie allumée à la main, toutes lumières éteintes… sans se soucier des
musiciens !
Il est arrivé aussi qu'à un mariage, la partition de l'organiste
tombe par terre pendant le morceau (la cantate 51 de Bach, très
vocalisante !). Sandrine a continué de chanter tout en ramassant la
partition qu'elle a remise sur le pupitre de l'accompagnateur !
Apparemment, l'assemblée n'a rien soupçonné de ce qu'il se passait
là-haut à la tribune !
Les joies d'un public
Parfois, les plus simples remarques du public vont droit au cœur de
Sandrine. Responsable de l'animation musicale de sa paroisse, il est
fréquent que les fidèles viennent la remercier pour les avoir aidés à
prier.
Mais tout cela ne monte pas à la tête de notre cousine… qui trouve
qu'il n'y a rien de plus difficile que de recevoir des compliments !
Cette activité lyrique lui permet pourtant de côtoyer un tas de gens
(comme chanter devant 5.000 personnes à Rome !) et d'être reçue dans les
endroits les plus prestigieux. Un compositeur a même composé deux
chansons pour elle (notons que Fauré a composé pour son
arrière-grand-mère Marguerite Kœchlin-Schwartz)…
" Ma meilleure récompense", dit-elle, "c'est de pouvoir apporter un
peu de bonheur par mon chant".
Geneviève Kœchlin-Schwartz