Interview de Michel Koechlin (GA2362) par Gwenaëlle de Bizemont-Rollet
(AH113112)
Pouvez-vous nous présenter en quelques mots la mission
de “Initiatives & Changement”, auparavant appelé Réarmement moral ?
Initiatives & Changement est un réseau informel et mondial, ouvert à tous.
Anciennement connu sous le nom des Groupes d’Oxford puis de Réarmement moral, il
est actif dans le monde entier depuis plus de 60 ans.
Initiatives & Changement est basé sur l’idée que le changement des motivations
et des comportements, qui doit commencer par soi-même, est non seulement
possible mais constitue le seul fondement solide d’un changement plus vaste et
plus durable de la société.
Né dans un milieu chrétien convaincu qu’à l’écoute de Dieu se trace le chemin du
changement, Initiatives & Changement s’est ouvert rapidement aux hommes et aux
femmes d’autres religions ou familles de pensée, désireux de travailler ensemble
à un monde de paix et de justice.
De quand date votre engagement dans ce mouvement ? Y
a-t-il eu un événement qui vous a poussé vers cette décision ?
C’est en 1950, à la fin de mes études d’ingénieur, que j’ai décidé de m’engager
à plein temps dans cette action. Mais mon engagement spirituel est plus ancien
et j’y avais été préparé par mes parents, eux-mêmes marqués par les idées des
Groupes d’Oxford depuis 1934. A cette époque nous nous réunissions régulièrement
en famille pour écouter dans le silence ce que Dieu pouvait nous dire sur notre
vie, à la lumière des quatre critères proposés par le mouvement : honnêteté,
pureté, désintéressement et amour absolus.
En juin 1946 je fus invité à passer le week-end de Pentecôte à Caux, en Suisse,
où allait s’ouvrir un Centre de Rencontres internationales. Le bâtiment était
délabré et il fallait des bras pour réparer et nettoyer. C’est là, au contact
des autres volontaires, que j’ai entrevu la tâche fantastique que nous pouvions
entreprendre de Caux pour réconcilier notre monde tout juste sorti de guerre.
J’ai pris alors la décision, fondamentale pour moi, de commencer chaque journée
par une demi-heure de prière et de méditation silencieuse pour discerner ce que
Dieu attend de moi, dans cette tâche qui me dépasse. Décision qui tient encore
aujourd’hui.
Les enjeux de cette organisation ont-ils évolué dans le
temps ?
Participer à la construction d’un monde meilleur a été dès le début et reste
encore l’objectif principal. Les fondements n’ont pas varié. L’expression, les
terrains et les formes de l’action ont naturellement évolué avec le temps. Dans
les années trente on pouvait tenter d’éviter la guerre par un réarmement moral
et spirituel. Après guerre il s’agissait de réconciliation, de nouveau dialogue
social, de décolonisation. Durant la guerre froide on parlait d’idéologies.
Aujourd’hui il est question de conflits des cultures, voire des religions.
De
quels outils cette organisation dispose-t-elle pour les accomplir ?
Le Centre de Rencontres internationales de Caux, l’ancien Caux-Palace du début
du siècle dernier, est l’outil le plus précieux dont dispose aujourd’hui
Initiatives & Changement. Il y a en Inde un autre Centre très actif, dans les
monts du Maharashtra à Panchgani. Des lieux de rencontre plus modestes existent
dans d’autres pays sur les cinq continents. Livres et périodiques sont publiés
dans plusieurs langues. Mentionnons en français la revue trimestrielle Changer
International. Le théâtre et le cinéma ont aussi été utilisés et aujourd’hui les
vidéocassettes. Des sites internet fournissent les informations les plus à jour
et suscitent le dialogue. Mais l’outil principal n’est-il pas l’expérience
personnelle du changement qui peut, d’un homme à l’autre, générer des
changements plus larges, même des changements de société ?
Y a-t-il eu des résultats positifs dont vous pourriez
nous parler ?
Le résultat le plus important est celui qui se situe dans les cœurs: des
personnes libérées de leurs égocentrismes et qui deviennent des citoyens
responsables, des familles réconciliées qui propagent le secret de l’unité. Le
philosophe Gabriel Marcel décrivait le Réarmement moral comme “la conjonction de
l’intime et du mondial”.
Les exemples sont nombreux. Tel Irène Laure, ancienne parlementaire et
résistante qui voulut fuir Caux en 1947 quand arrivèrent une centaine
d’Allemands et qui après des jours de combat intérieur leur demanda pardon pour
sa haine. Dans les mois qui suivirent elle sillonna l’Allemagne de meeting en
meeting délivrant son message de réconciliation. Le Chancelier Adenauer et
Robert Schuman y ont vu une des contributions essentielles à la réconciliation
franco-allemande. Il y a cet homme politique japonais qui a osé prendre la
parole aux Philippines devant une assemblée hostile et demander pardon pour les
atrocités commises par l’armée japonaise. Des démarches semblables entre
Français, Tunisiens, Marocains, Camerounais ont indiscutablement facilité une
décolonisation avec un minimum d’effusion de sang.
Si j’avais la place je vous raconterais comment la première convention
collective de l’industrie textile française est née de rencontres à Caux et dans
la maison du Réarmement moral à Boulogne-Billancourt entre employeurs et
syndicalistes. Convention qui servit de modèle par la suite dans la sidérurgie
et les chemins de fer.
Quels
sont les objectifs d’Initiatives & Changement pour les années à venir ?
Depuis quelques années, on assiste à une éclosion d’initiatives de la part de
ceux qui ont été touchés par Caux. Parmi les actions ainsi mises en œuvre, on
peut citer le travail en faveur de la paix dans la région des Grands Lacs
Africains et au Cambodge; la promotion du dialogue interracial et
intercommunautaire aux USA et en Australie; la formation des jeunes à la
démocratie en Europe centrale et orientale; l’appui au développement de
relations de confiance et de pratiques éthiques au sein des entreprises.
Quelques uns sont particulièrement engagés dans le dialogue interreligieux avec
la certitude qu’il est essentiel pour ramener un jour la paix au Proche Orient.
Que pouvez-vous nous dire de personnel en guise de
conclusion ?
Tout d’abord rendre hommage à Catherine mon épouse qui s’était engagée
indépendamment de moi dans ce même combat. Notre unité renouvelée chaque matin
dans le retour aux sources a été la clé dans tout ce que nous avons été appelé à
entreprendre. Ensemble nous avons pu pendant une vingtaine d’années être
coresponsables de la maison du Réarmement moral à Boulogne-Billancourt. Nous
avons eu le privilège de participer modestement à certaines des aventures
décrites plus haut et de nous être fait d’innombrables amis dans le monde, en
Inde, en Afrique du Nord, au Japon pour ne citer que quelques-uns où nous avons
laissé des parcelles de notre coeur. Les sujets de reconnaissance ne manquent
pas.
Pour plus d’informations consultez le site de Initiatives & Changement :
www.ic-fr.org