“Vies privées”, la nouvelle exposition du MISE est un voyage dans l’histoire
des étoffes vue du côté des utilisateurs. Un parcours intérieur, vivant et
chaleureux.
Présenter les étoffes comme des témoins des préoccupations et des goûts
collectifs d’une époque : c’est le point de vue original de Vies Privées,
la nouvelle grande exposition du Musée de l’impression sur étoffes de
Mulhouse.
Cette fois-ci, pas question de s'étendre sur les techniques ou sur l’histoire
des fabricants. «Notre souhait, précise le conservateur Denis Roland, était
de se placer du point de vue de l’utilisateur». De montrer comment
le textile, combiné à d’autres objets (meubles, faïence, verrerie) brode
«une histoire de l’intimité»
Pour ce faire, Denis Roland et sa collègue, Jacqueline Jacqué, ont été
fouiller dans les réserves du musée, où ils ont choisi «des pièces
maîtresses, techniquement ou esthétiquement», comme ces maquettes
préparatoires de bandeaux de rideaux que l’on découvre en début de visite.
Balayant 250 ans d’histoire, une douzaine de scènes d’intérieur ont été
reconstituées.
Mouchoirs politiques
La promenade, somptueuse, offre l’occasion d’apprendre une foule de ces
petites histoires, parfois cocasses, qui font l’Histoire.
Tout commence au 18e siècle, au milieu de tons jaune et vieux rose. Le lit
recouvert de tissus de Jouy est à baldaquin, sur le modèle aristocratique qui
plaît aux classes moyennes d’alors.
Plus loin, on découvre le textile emberlificoté dans des débats religieux ou
sociaux. Ainsi, au 18e, on n’hésite pas à habiller les statues religieuses,
comme en témoigne une magnifique robe de vierge à l’enfant, en soierie
dorée.
Quant aux mouchoirs, vendus à la sauvette dans les rues, ils sont des supports
d’opinion politique, des vecteurs de débats, parfois féroces.
L’impression textile cherche souvent à créer l’illusion d’autres décors
plus chers. Un exemple impressionnant en est fourni avec une fausse tapisserie,
façon flamande, qui témoigne de l’engouement de la fin du 19e siècle pour
le Moyen-Age. Imprimé chez Koechlin, Baumgartner et Cie, ce faux est un
prouesse technique, presque plus vrai que le vrai.
1918 : L’entreprise Haussmann de Colmar parvient à tisser du papier. Ce
produit de la guerre, marque de la dureté des temps, est présenté au milieu d’extraits
de lettres de poilus. Dans les années 1920, c’est l’intrusion de l’art
dans le quotidien : Sonia Delaunay utilise l’impression textile comme support
de création.
Après une incursion colorée dans les années 70, l’exposition se clôt par
une projection de diapos présentant les formes et les usages de l’an 2000.
“Vies Privées : une histoire singulière de l’impression textile” est
ouvert jusqu’au 16 septembre 2001, au Musée de l’impression sur étoffes,
14 rue Jean-Jacques Henner à Mulhouse. Tél.: 03.89.46.83.00