On en a parlé, on en parle, on en parlera. Que savons-nous
de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ?
Un Alsacien sur quatre souhaite que la France ratifie la
Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, selon un sondage CSA
pour les DNA.
L’identité avec ou sans le dialecte?
Le déclin, de la langue, même si on ne peut que le
déplorer, n’est cependant pas assimilable à la perte de l’identité. Ceux
qui pensent qu’on peut être et se sentir alsacien sans pratiquer le dialecte
(47%) sont presque aussi nombreux que ceux qui estiment la langue
consubstantielle à l’identité (51%). Cette dernière opinion est bien
entendu beaucoup plus largement répandue parmi les gens qui parlent couramment
le dialecte ! Alors que les sondés qui ne parlent ni ne comprennent l’alsacien,
se sentent néanmoins d’Alsace (64%). Dans ce domaine, la plus grande
ouverture d’esprit se trouve chez les femmes, les jeunes, les cadres, les
professions intermédiaires et employés, les urbains, les... Haut-Rhinois, les
gens de gauche et ceux qui résident dans la région depuis moins de dix ans.
Toutes caractéristiques qui décrivent également les pratiquants occasionnels
ou les non-pratiquants du dialecte.
Les réponses sont beaucoup plus tranchées sur la Charte
européenne des langues régionales ou minoritaires. Trois Alsaciens sur quatre
estiment que la France devrait la ratifier. Il est fort probable que la plupart
des personnes sondées ignorent le contenu réel de cette charte. Leur
approbation de principe d’un pacte européen qui oblige un pays. signataire à
défendre et promouvoir les langues régionales est néanmoins massive.
Ce que dit la Charte
Cette Charte européenne des langues régionales ou,
minoritaires a été signée au Conseil de l’Europe le 5 novembre 1992. Elle
souligne, dans son préambule, la valeur du plurilinguisme, le droit
imprescriptible de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie
privée et publique et affirme que la protection et la promotion de ces langues
représentent une contribution importante à la construction de l’Europe.
Les États contractants doivent préciser, lors de la
ratification, les langues auxquelles s’applique la Charte. Un État signataire
s’engage à appliquer au minimum 35 des mesures préconisées, dont trois aux
moins choisies dans les paragraphes concernant l’enseignement et les
activités et équipements culturels, et une au moins dans chacun des cinq
autres articles: la justice, les autorités administratives et services publics,
les médias, la vie économique et sociale.
En matière de justice, la Charte prévoit ainsi la
possibilité pour un justiciable, au pénal ou au civil, de pouvoir s’exprimer
dans sa langue régionale, voire présenter des documents de preuve ou des
requêtes dans cette langue, sans que ce soit un motif d’irrecevabilité. De
même, un certain nombre de dispositions prévoient des échanges en langue
régionale ou minoritaire entre le citoyen et l’administration d’État ou les
collectivités locales. Dans les médias devra être encouragée la création d’une
radio ou d’une télévision en langue régionale ou à tout le moins, la
diffusion d’émissions dans cette langue sur les chaînes publiques. Enfin, un
État signataire pourra décider de “s’opposer aux pratiques tendant à
décourager l’usage des langues régionales ou minoritaires dans le cadre des
activités économiques et sociales.”
(En France, sa ratification est en suspens car il faudrait,
pour la signer, changer la Constitution. NDLR)
Sondage exclusif CSA Opinion/DNA réalisé les 18 et 19 juin
1998 auprès d’un échantillon de 503 personnes représentatif de la
population alsacienne âgée de 18 ans et plus.
Claude Keiflin