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BK no 43 - Décembre 1999

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L'accent des Alsaciens

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Un alsacien qui parle français est souvent moqué par les Français pour son accent. Quand il parle allemand, il l’est aussi - et même méprisé par les Allemands.

Comment l’accent alsacien est-il jugé, perçu par les francophones unilingues ? De façon générale, il est jugé plutôt négativement. Le francophone unilingue qui séjourne quelques jours en Alsace dit : “Je n’ai pas l’impression d’être en France ici”. L’étudiant alsacien qui fait des études à Nancy agace la communauté francophone unilingue qui n’aime pas cet “accent germanique” et qui juge plus favorablement l’accent du Midi, par exemple.

Le dialectophone qui a l’accent alsacien non seulement n’est pas toujours compris, mais il écorche les oreilles des “vrais” francophones qui plus ou moins consciemment considèrent cette prononciation particulière comme relevant d’une différence d’ethnie. Dès 1674, les Français estimaient que les Alsaciens prononçaient mal le français. Au XIXe siècle “l’accent d’un homme comme Humann, plusieurs fois ministre sous Louis-Philippe et vivant fréquemment dans une société purement française, ne cessait de provoquer les railleries des journaux anti-dynastiques de Paris. ils racontèrent que, disant à la tribune “mes projets sont détruits”, la Chambre avait compris “mes brochets sont des truites”.

Les Alsaciens venus en France au début de la guerre de 1914-1918 étaient suspects à cause de leur mauvais accent. Probablement l’accent alsacien est une sorte de déviation mal acceptée par la communauté de langue française. Il y a là un phénomène de rejet qui semble avoir au moins deux conséquences importantes :d’abord le désir d’un grand nombre d’Alsaciens “exilés” au delà des Vosges de revenir dans leur région, d’autre part le désir de nombreux francophones unilingues de quitter cette région où ils ne se sentent pas vraiment en France.

Les domestiques de Feydeau, comme par exemple Annette dans Feu la mère de Madame (1908), étaient comiques à la fois par leur accoutrement et par leur accent. Quand elles ne comprennent pas ce qu’on leur dit, on les traite de “bougre de moule” ou d’“espèce de tête carrée”. Lorsque le maître est agacé, il imite la manière de prononcer le français.

Les Allemands eux aussi critiquent notre prononciation du français.

Le moins qu’on puisse dire à propos de ces jugements très négatifs est que, malgré tout le mal qu’ils se sont donnés pour apprendre l’allemand et le français, les Alsaciens n’ont réussi à satisfaire personne, et qu’il ne faut pas s’étonner s’ils continuent à pratiquer le dialecte !

Vouloir corriger la prononciation de l’ensemble de la population alsacienne tient de l’utopie, en tous les cas dans la situation actuelle. Il faudrait commencer par remplacer tous les enseignants qui ont l’accent par des enseignants francophones unilingues, si possible tous Parisiens. Et encore, on ne serait pas sûr du résultat pour l’ensemble des élèves.

Ce serait d’ailleurs contraire aux projets actuels qui tendent à inclure à l’enseignement la langue et la culture régionales. On peut même penser que vouloir effacer son accent signifie que l’on renie son identité alsacienne, ce qui n’est ni nécessaire ni souhaitable.

Cependant, il ne faudrait pas non plus que l’intercompréhension entre Alsaciens et Français de l’“intérieur” soit difficile. Les Alsaciens devraient prononcer le français de manière à être compris par leurs interlocuteurs. En effet, il est évident que l’enseignement joue un rôle important pour l’apprentissage de la prononciation française. L’accent des Badois ayant appris le français en Allemagne est sensiblement différent de l’accent alsacien; et pourtant les systèmes phonologiques des parlers badois sont très proches de ceux des parlers alsaciens. C’est au niveau des maternelles et des classes élémentaires qu’il faut essayer d’intervenir, le but de l’opération étant de permettre à tous les Alsaciens de prononcer le français d’une manière acceptable sans qu’il soit nécessaire de faire disparaître notre dialecte.

(D’après Marthe Philipp)

 

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Dernière modification de cette page : 22/05/2007