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L’industriel Alsacien est un journal qui paraissait à
Mulhouse dès 1834, tous les samedis. Il donnait des nouvelles, des articles d’opinion,
des annonces publicitaires, l’état civil et toute sorte d’informations.
Voici un choix d’extraits du numéro du 22 avril 1837.
Hécaton cacologique
Inventaire humoristique des fautes de
français particulières
aux Alsaciens en 100 articles
- Oser
– C'est avoir le courage, la hardiesse de faire quelque chose.
On n’osa trop approfondir du tigre, ni de l’ours, ni des autres
puissances les moins pardonnables offenses.
Vous ne direz donc pas : Est-ce que j’ose
ouvrir la porte ? mais, puis-je ouvrir la porte ? Vous ne
direz pas non plus : la chasse est fermée, on n’ose plus y
aller ; mais, on ne peut plus y aller.
- Ou
– Il y avait là huit à neuf dames signifie qu’il y en
avait huit et un quart, ou huit et demie, ou huit et deux tiers, etc… Dites
" il y avait là huit ou neuf dames ". Vous direz
très bien, par exemple, on a récolté cinq à six sacs de pommes de
terre.
- Paire
– Ce mot ne s’emploie qu’en parlant des animaux et des
choses inanimées. Une paire de pigeons ; une paire de bœufs, une
paire de souliers. On ne l’applique aux hommes que dans un seul cas :
une paire d’amis. Vous direz donc : il y avait à ce bal
quarante dames et autant de cavaliers ; mais vous ne direz pas qu’il y
avait quarante paires.
- Paume
– On joue à la paume et non à la pelote.
- Par contre
– En style de commerce, ces mots signifient en retour, en
compensation. Je vous envoie du coton, par contre, faites-m’en parvenir
la valeur. N’employez jamais ces mots pour au contraire.
- Pêcher
– On ne pêche pas une rivière ; mais du poisson dans
une rivière.
- Peintre
– Vous ne mettrez pas sur une enseigne, comme tout le monde
a pu lire à Mulhouse, il y a quelques années, N. peintre d’oreur.
Vous mettrez peintre-doreur.
- Penser
– Évitez de placer ce mot inutilement dans un phrase. Ne
dites pas : pensez, ma tante est arrivée ; mais simplement, ma
tante est arrivée.
- Pouvoir
– Je ne peux non plus n’est pas français. Il faut
dire je ne peux pas non plus.
- Pourtant
– Ce mot signifie malgré cela. Mon mari m’avait
promis de venir et pourtant il n’est pas encore ici. Ne dites donc pas
je voudrais pourtant qu’il fît beau.
- Purger
– Un malade se purge et il peut arriver que son
médecin le guérisse en le purgeant. Ne dites donc pas j’ai
purgé ce matin ; mais je me suis purgé.
- Quelqu’un d’autre ; quelque chose d’autre
– Je le
donnerai à quelqu’un d’autre ; je ferai quelque chose d’autre.
Tout cela n’est pas français. Il faut : le donnerai à un
autre ; je ferai autre chose.
- Régler
– On règle du papier, un registre. On ne les ligne
pas.
- Réglisse
– Ce mot est féminin. Offrir de la réglisse à un
bon gendarme, et non du réglisse.
- Remercier –
Ne dites pas à quelqu’un qui vous a rendu service, je
me remercie, mais je vous remercie.
- Seulement
– Ne dites pas, en parlant de quelqu’un : On l’appelle
seulement voleur ; c’est certes bien assez. Dites on ne l’appelle
que voleur ; ce qui signifie qu’on ne l’appelle pas autrement.
- Si
– Si on faisait, si on disait et non si on ferait,
si on dirait ?
- Soigner
– On ne soigne pas pour quelqu’un ;
mais on a soin de lui ou même on le soigne, quand on est
médecin ou garde-malade.
- Sorte (toute)
- Toute sorte de marchandises. On trouve dans ce
magasin toutes sortes d’étoffes. Ces mots ne vont jamais seuls. Ne
dites donc pas on m’a raconté de toutes sortes : de toutes
sortes de quoi ?
- Suite (de)
– Ces mots signifient l’un après l’autre et sans
interruptions. Il a mangé quatre pommes de suite. Mais de suite
n’a jamais signifié sur le champ : Il faut dire alors tout
de suite.
- Sur –
Si votre fils n’est ni couvreur, ni ferblantier, vous direz
qu’il travaille dans une fabrique et non sur une fabrique. On
rencontre quelqu’un dans la rue et non sur la rue. On peut le
voir sur place. On a des fenêtres qui donnent sur la rue. On
étend du linge dans un grenier et non sur un grenier. Ne dites
pas : Dans une ville comme Mulhouse, la police ne devrait pas souffrir qu’on
déposât du fumier sur les rues pendant le jour ; mais dans
les rues.
- Tenir
– On ne dit pas d’un orateur qu’il a tenu, mais qu’il
a prononcé un discours. Tenir des discours se prend toujours en
mauvaise part.
- Tête
– Si vous dites : j’ai une tête de plus que mon
cousin, vous faites entendre ou que vous avez deux têtes, ou que votre cousin
n’en a point. Il faut dire j’ai la tête de plus que mon cousin, ou
je suis plus grand que mon cousin de toute la tête.
- Tirer
– On ne dit pas plus tirer une dent, qu’un tireur
de dents. Servez-vous du mot arracher.
- Tirer
(terme de chasse) - Tirer un oiseau signifie simplement
tirer dessus et non le tuer. Un chasseur maladroit tire beaucoup plus de
gibier qu’il n’en tue.
- Toast
– Ce mot, tiré de l’anglais, se prononce mieux tost
que to-ast. De là aussi le verbe toster.
- Tomber sur
– C’est se jeter, se ruer. Nous tombâmes sur l’ennemi.
Vous ne direz donc pas : Cette année Noël tombe sur le
lundi ; mais tombe au lundi.
- Touffe
– On dit bien une touffe de cheveux, de plumes, etc…
Mais il fait touffe, pour la chaleur est accablante, n’est pas
français. Cependant le mot touffeur signifie une exhalaison d’une
chaleur extrême. En entrant dans cet appartement, on y sent une touffeur
insupportable.
- Tracer
– Ne signifie pas effacer. Un poète avait envoyé un
de ses ouvrages à Voltaire, avec prière de lui en dire franchement son avis.
Le manuscrit se terminait par le mot fin, tracé de la main de l’auteur.
Voltaire en effaça le ‘n’ et renvoya le poème.
- Travailler
– Ne dites pas : ce tailleur me travaille,
mais travaille pour moi.
- Truffes
– et non trufles.
- Tuyau
– Il faut dire le tuyau et non le corps d’un
poêle ? Surtout il ne faut pas imprimer dans un journal le cor.
- Vouloir
– Ne dites pas, en vous adressant à une ou à plusieurs
personnes : voulons-nous sortir ; mais voulez-vous
sortir, car vous seul pouvez savoir si vous le voulez, ou non. Ne dites pas
non plus, avant de consulter les autres, nous voulons sortir, car vous
ignorez encore s’ils sont de cet avis.
Ce texte qui peut sembler un peu pédant et fastidieux à
certains, prouve le souci qu’avaient nos ancêtres de parler un français
épuré. Il montre aussi l’influence de la langue allemande dans certaines
tournures : l’emploi de oser au lieu de pouvoir et de sur
au lieu de dans, par exemple. Mais qui, aujourd’hui, comprend d’emblée,
au paragraphe 95, l’astuce de Voltaire supprimant le ‘n’ du mot
fin ? Cela donne fi !, expression qui, dans la vieille langue,
traduit le dédain.
Des puristes et des lettrés, ces bourgeois alsaciens du 19e
siècle ! Le saviez-vous ? Alors qu’en France (voyez Balzac) on se
moquait de leur accent et de la lourdeur de leur langage ! - NDLR
- o O o -
M. André Koechlin, maire de Mulhouse, et chef de la maison
André Koechlin et Cie, vient d’être frappé du coup le plus
sensible au cœur d’un père. Son fils unique, jeune homme de 23 ans, qui
avait achevé ses cours à l’école polytechnique et qui déjà réalisait les
plus heureuses espérances, a succombé, jeudi dernier, à une fièvre muqueuse,
contre laquelle ont échoué tous les efforts de la médecine. Cette perte
cruelle plonge dans la douleur la famille de M. A. Koechlin, et toute la ville s’associe
pour manifester les regrets que fait naître un événement aussi malheureux.
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