"Mon garçon, les Français qui ne prononcent pas ton
nom ‘Kéclin’ sont de illettrés"
Ainsi s’exprimait mon grand père dans
les années 30. C’était, bien sûr, une boutade abusivement assassine mais
elle n’était pas sans fondement, comme l’a très bien montré notre cousin
Jean K. (GA2331) dans un article paru dans le BK no 4 de juin
1980,
page 13.
Si nous
soulevons à nouveau ce "vaste problème" dans nos colonnes, c’est
parce que les participants K. aux journées DMK (Dollfus-Mieg-Koechlin) d’octobre
1998 à Mulhouse ont été stupéfaits par la variété des prononciations de
notre patronyme par les orateurs du colloque, universitaires pour la plupart.
Certes, les K. de France sont habitués aux prononciations
les plus fantaisistes de leur nom mais, en cours de rencontres familiales et en
terre mulhousienne, c’était assez étonnant ! Loin de moi l’idée
insolente de suivre mon grand père en qualifiant ces distingués universitaires
d’illettrés. Je leur conseillerai seulement la lecture de l’article
pertinent de Jean K. qui nous reproduisons ci-après pour ceux de nos lecteurs
qui n’ont pas les premiers BK d’il y a 20 ans :
"Mon garçon, les français qui ne prononcent pas ton nom ‘Kéclin’
sont des illettrés !"
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Qui de nous,
Koechlin de langue française, n’a jamais été agacé, sinon
complexé par la prononciation fantaisiste de notre patronyme ? Quand,
par exemple, nous nous faisons appeler par haut-parleur, nous pouvons
nous attendre à tout. Nos cousins de Suisse alémanique et de Souabe n’ont
pas ce problème : ils sont "Herr Köchlin" (inn) aussi bien
dans la conversation que dans la correspondance. L’origine zurichoise
de notre famille les privilégie. Tandis que nous, pauvres francophones,
nous nous faisons interpeller "Keuschlin",
"Coquelin", "Ko-é-klin" avec toutes les variantes
possibles.
Est-ce à dire qu'à notre
nom s'attache une prononciation singulière et originale, dont on connaît
d'autres exemples dans les familles nobles : Broglie, Maupeou ?
Pas du tout ! Nous pouvons
répondre aux puristes de la langue française que la prononciation "Kéklin"
est parfaitement justifiée.
Œ (e dans l'o) se
prononce bien "é" dans les quelques mots où ces voyelles sont
suivies d'une consonne. On dit justement "œdème" (é-dèm),
"œsophage" (é-zofaj), "Œdipe" (é-dip), "œcuménique"
(é-cuménic), "œnologie" (é-noloji). Dans bœuf, œuvre,
œil, la prononciation "eu" se justifie par la voyelle qui suit.
Voilà pour le "Koe" qui, en bon français, se prononce "ké"
parce que suivi de "ch".
Maintenant le "chl".
A part "chtimi" qui est dialectal, connaissez-vous un mot
français dans lequel le "ch" suivi d'une consonne ne soit pas
prononcée "k" ? Chrome, chlore, chrétien… ne sont estropiés
par personne. Chou, chaud, chat, etc… enchaînent le "ch" avec
une voyelles et lui donnent le son du "sch" allemand, à peu
près. Pourquoi donc s'obstine-t-on à nous appeler "Keuschlin",
ce qui n'est même pas la prononciation allemande, puisque alors il
faudrait faire sonner le "n" final ? Ce n'est pas parce que nous
portons un nom extraordinaire mais parce que les Français ne connaissent
pas les subtilités de leur propre langue. Le nom que nous sommes fiers de
porter est donc bien prononcé comme il se
doit. - Jean Koechlin (2034 – GA2331)
Vous trouverez
l'article complet sur la page "Prononciation". |
Cet article avait suscité une réaction aussi vive qu’amicale
de notre cousin suisse, Béat K. (AK31413) – cf. BK no 5 de décembre 1980,
page 14 – que l’on peut ainsi résumer : Est-il raisonnable, chers
cousins français, de vous obstiner à vouloir prononcer à la française un nom
d’origine germanique? D’autant, ajoutait-il, que les justifications données
s’appuient toutes sur des mots d’origine grecque. Ce à quoi Jean avait
rétorqué que la langue française est d’origine greco-latine et non
germanique !
Ce
savant débat phonétique n’est nullement limité à la famille K. Il concerne
la plupart des familles alsaciennes. A de rares exceptions près, aucun
Français ne prononce "dolfouss" pour les Dollfus, "fogueul"
pour les Vogel, "schloumbeurgueur" pour les Schlumberger ou "hambeurgueur"
pour les Hamburger.
La raison de cette tenace tradition nationaliste est simple
et bien triste : elle a, en fait, été créée et exacerbée par les
agressions et annexions allemandes subies par les familles alsaciennes pendant
75 ans (1870-1945). Nos cousins suisses ont eu la chance de ne pas
connaître de telles épreuves. Les plaies alsaciennes (et lorraines) ont été
profondes et douloureuses, leur cicatrisation a exigé beaucoup de temps ;
elle est heureusement en très bonne voie, grâce notamment à l’œuvre de réconciliation
franco-allemande dont on ne peut que se féliciter. Peut-être un jour nos
enfants, ou petits enfants, prononceront "Keuschline" ; je n’en
serais, personnellement, nullement choqué.
Pour l’heure et pour ma part, j’ai été conduit à
adopter une attitude très pragmatique à la suite d’une aventure vécue dans
le bureau de poste de Zermatt en Valais suisse germanophone. Ayant dû indiquer
à une charmante préposée mon nom, que je prononçai machinalement "Kéclin",
puis l’ayant, à sa demande, épelé, je me suis fait proprement engu… (le
meilleur mot français pour décrire la scène). Son visage s’est
magnifiquement empourpré et son invective s’est terminé par cette phrase
sans appel, prononcée en excellent français : " Monsieur !
vous n’avez pas le droit de vous moquer de moi et de me faire perdre mon
temps ! ".
Comme
mon grand père m’avait aussi prodigué de sages conseils de courtoisie, j’ai
alors vaillamment résisté à la séduisante tentation d’aggraver mon cas en
traitant cette jeune femme d’illettrée. J’ai donc bredouillé quelques
piteuses excuses, ce qui m’a valu un regard rasséréné où se lisait à la
fois la satisfaction du devoir accompli et cette lueur de compassion que l’on
accorde volontiers aux étrangers un peu ‘nunuches’.
Pauvre de moi, habitué aux papotages et autres babillages
des postières françaises. J’ai compris, ce jour là, qu’il était fort
imprudent et tout à fait indécent, voire cruel, de faire perdre son temps à
une employée des postes suisses.
Fort de cette cuisante expérience, j’ai pris, depuis ce
jour, la prudente résolution de me présenter "Keuschline" dès lors
que j’étais confronté à un interlocuteur germanophone, au risque de subir
les foudres tombées du Ciel où repose mon auguste grand père. Mais, en toute
autre circonstance, je profère "Kéclin" et corrige courtoisement,
mais fermement, touts les écarts de prononciation de mes interlocuteurs.
Chers cousins de France et de Navarre, de Suisse romande, de
Belgique wallone ou du Québec, sachez bien qu’en prononçant "Kéclin"
vous serez admis d’office dans la distinguée confrérie des fins lettrés…
Jean-Claude Koechlin - (AR2233**)
Note de la rédactrice :
Les universitaires, en particulier ceux qui ne sont pas d’origine
alsacienne, prononcent le nom comme ils l’ont entendu dans une ville où il y
a une école Koechlin et une rue Koechlin. Les mulhousiens qui francisent,
disent Keuchlin mais le bon peuple qui parle alsacien, dialecte
alémanique, je l’ai toujours, depuis mon enfance, entendu dire Kechle
(le ch, étant prononcé à l’allemande, sonne comme une sorte de ‘r’
guttural et la terminaison est escamotée). Par malchance, nous avons un nom de
deux syllabes qui recèle deux pièges : le oe et le ch, sans
parler de la terminaison, interprétée in, ine ou e. En prononçant
le oe comme e, les "alsaçiophones" ont-ils
retrouvé le grec ? Mais qui sont donc les illettrés ?