|
Site Koechlin
Sommaire de ce BK
Autres articles liés Recherche sur ce site
Bulletins Koechlin |
La rencontre des trois familles à Mulhouse
|
|
Nous avons reçu, de notre cousine Dorothée Koechlin-Schwartz (AH11311) – qui participait à notre rencontre à Mulhouse les 30-31 octobre 1998 – un article sous forme d’une lettre qu’elle adresse à sa fille actuellement en Argentine. Par rapport aux précédentes ‘cousinades’, celle-ci était spéciale. En quoi ? D’abord par le fait que les trois familles fondatrices de la prospérité matérielle de Mulhouse s’y soient réunies, extension qui fut très stimulante et conforme à la nature car le K. ‘pure laine vierge’ est un oiseau qui n’existe pas. Même les K. au carré (père et mère K.), au cube (père, mère et trois grands-parents K.) sont forcément mêlés d’autres espèces : Dollfus, Mieg, Schwartz, Schlumberger, Peugeot, Bourcart, Gros, Thierry, Zuber, Hofer, Risler, Kiener, Baumgartner, etc… Seulement, à Mulhouse, c’était uniquement des familles protestantes, locales. Et suisses à l’origine. Un cas "d’élitisme" dont nous avons pu apprendre à la Fac combien ce péché, aussi mal défini que capital, voire fruit du capitalisme, est condamnable ! Dans le cas de Mulhouse, ce sont bien les "élites" de la ville qui y ont fondé un capitalisme à visage plus humain qu’ailleurs. Pourquoi ? Parce que, il semble, inspiré et corrigé par la foi protestante. Du moins c’est dans ce sens que nous ont parlé les historiens invité à une Table Ronde à la Société Industrielle : Michel Hau, professeur à l’Université de Strasbourg, et Marie-Claire Vitoux à celle de Mulhouse, dans une suite d’interventions sur la ‘fabricantocratie’ mulhousienne au 19e siècle. En clair, ces familles mulhousiennes qui sont restées ‘entre soi’ pendant plusieurs siècles, ont réussi leur coup : créer une prospérité industrielle dont tout le monde, du haut en bas de l’échelle sociale profite, (contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres régions d’Europe).
C’est de tout cela qu’on a parlé. Car ces ‘élites mulhousiennes’ se souciaient du bien-être des plus démunis et cela a été souligné par plusieurs générations d’historiens. Par exemple, le jeune historien, Patrick Golfier, nous a raconté comment Émile Koechlin, Émile Dollfus et André Koechlin – qui tous furent maires de Mulhouse – s’inquiétant de l’hygiène navrante des abattoirs et du prix élevé des viandes, imposèrent aux bouchers mulhousiens une organisation rationnelle et bien plus démocratique. Comment les femmes de Mulhouse, nos grands-mères, inspirées par leur foi protestante, s’efforçaient de corriger la dureté du travail industriel par ce que nous appelons le ‘social’ ou ‘l’humanitaire’ aujourd’hui. Voilà le thème qu’a traité Madame Vitoux. Dans ce domaine, l’une des championnes toutes catégories est notre aïeule Emma Koechlin-Schwartz1, féministe convaincue, qui créera à Paris le Collège Sévigné "pour que les filles reçoivent la même instruction que les garçons". Et ce n’est pas tout. Elle sera à l’origine de la Croix Rouge française, avant Henri Dunant, en fondant la Société de Secours aux blessés militaires, qui deviendra l’Union des Femmes de France, puis la Croix Rouge, en se battant pour que le travail professionnel des infirmières soit enfin reconnu comme tel. J’étais très émue d’entendre parler de la grande Emma. Je ne m’y attendais pas du tout. Mais, ensuite, est venu le tour d’Alfred, le mari d’Emma, qui a été le sujet d’un mémoire d’une jeune historienne, Mélanie Steinback-Ingold. Avec beaucoup de talent, de précision, d’autorité, elle nous a raconté toute la carrière artistique de l’ancêtre Alfred... dont la cote ne cesse de monter sur le marché d’art. Je regrette que tu n’aies pu l’entendre.
Un mot encore, sur le musée de l’Automobile qui, à première vue, ne me passionnait pas (les frères Schlumpf ne sont pas des ancêtres et n’ont pas vécu au 19e siècle !). Mais le dîner étant proposé au restaurant du musée, je m’y suis rendue et j’ai été saisie d’un éblouissement, me clouant sur place d’émotion, tellement c’était beau : la collection entière des Bugatti cousues main, les Delahaye bleu glacier, les berlines aux cuivres astiquées, tous les prototypes introuvables et bichonnés jusqu’aux derniers boulons. (A exploiter par ta télévision argentine!) Le restaurant d’où l’on contemplait le grand hall aux 500 voitures, nous a servi un repas tout à fait gastronomique. Soirée inoubliable ! Je ne te raconte pas l’exposition des documents et objets de famille, à la Société Industrielle, et la galerie des portraits qui le présidait : Jean-Jacques, le médecin au bicorne et à la pipe et Climène Dollfus, épouse de Jean K., mère de vingt gaillards dont nous descendons. De quoi encore s’instruire et admirer ! De quoi aussi rêver ! Enfin, j’ai plané pendant trois jours sur un petit nuage rose : plus exactement rouge, or et blanc, aux couleurs toniques du drapeau de la République de Mulhouse ! En cherchant un adjectif assez fort pour traduire mon impression : génial peut-être dirais-tu ? Génial, oui ! Nos ancêtres avaient du génie ! Dorothée K-Schwartz (AH11311) 1 - Le BK a publié un important article sur elle dans le numéro 25.
|
Ce site a été créé par Susan Koechlin
|