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BK no 41 - décembre 1998

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Familles en fête

Avant de vous parler de nos familles en fête, voici l’aperçu d’un menu de noces à Ensisheim du 2 janvier 1860, extrait du livre d’Auguste Klenck : " Le vieux Mulhouse à Table " (1875) qui fut reproduit dans le numéro du 20 février 1860 de la " Petite Gazette d’Alsace ". On ne dit pas combien il y avait de convives, mais on parle de la cordialité (que l’on nommerait, dans notre jargon actuel, convivialité), de la réjouissance des cœurs heureux de "se tremper dans les véritables attachements"... Cette dernière phrase veut sans doute faire allusion aux liens de famille et à l’attachement des époux ? Ce langage, un peu lourd et un peu désuet, le BK vous propose de la faire vôtre pour décrire DMK à table à Mulhouse les 30-31 octobre 1998.

Menu des invités
Soupe,
Bœuf, morceaux goût d’Alsace, ½ cuisse, ½ poitrine,
Choucroute avec 12 basses-joues fumées et salées, Brodwürst,
Saucissons salés, franc-comtois,
Petits pâtés, genre d’Alsace,
Haricots avec côtelette de mouton et de veau au choix,
Volaille en beignets,
Filets à la sauce tomate,
Civets de lièvres et de chevreuil,
Fricandeaux avec purée de pommes de terre,
Filets de chevreuil à la sauce, ornés de cornichons,
Gelées de toutes sortes,
Boutings id.,
Gigots de mouton, Cuisses de chevreuil, 2 têtes de veaux,
Lièvres rôtis, 2 faisans,
Jambon frais rôti, régal du paysan d’Alsace,
Pasteten (pâtes froid, genre d’Alsace), Kokelhopf,
Dessert de toutes sortes.

Vins
Du pays : Ribeauvillé, etc… Bourgogne, Beaujolais, Bordeaux, Champagne.

Menu des pauvres
Les pauvres n’avaient pas étaient oubliés, le menu de leur repas était le suivant :
Soupe et bœuf à discrétion,
Ragoût de veau à la maître d’hôtel avec morceaux de lard fumé et sauce,
Knœpfflé à discrétion avec le ragoût,
Bœuf mode entrelardé, à discrétion,
Salade aux pommes de terre id.
Pasteten (pâtés), Kokelhopf, id.,
Vins d’Alsace id.

Le correspondant de la petite Gazette d’Alsace ne nous dit pas si les plats ont été servis dans l’ordre indiqué par le menu mais il ajoute quelques détails :

" Le cuisiner, à force de cuire, a perdu connaissance et a du recourir aux sels. "

" Les pauvres invités ont touché 1 franc pour leur déplacement; il s’en trouvait de toutes les communes du canton. "

" Le repas a été servi par de la jeunesse ouvrière féminine de l’établissement, types naturels, francs et frais. "

 

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Nos familles en fête

A en juger par les faire-part de mariage ou d’anniversaires de mariage conservés dans les boîtes d’archives DMK aux Archives municipales, il n’était pas rare, au 19e siècle, de fêter ses noces d’or, et même de diamant (60 ans). Jean Koechlin (47-A), en 1819 ; fête ses noces d’or. Vous avez lu le récit savoureux qu’en donne Clarisse Schlumberger, extrait de son livre (" Schlumberger, Racines et Paysages ", Oberlin 1997) paru dans le BK 40. On y voit, après trois jours de festivités, la présentation aux jubilaires – sur un plat d’argent – de leur arrière-petit-fils, né pendant qu’on était à table.

Jean Dollfus (197-GC1), lui en 1872, fête ses noces de diamant dans une atmosphère beaucoup moins festive, ainsi qu’en atteste une photo retrouvée et exposée à la fête DMK. Mais les repas de famille sont restés, à Mulhouse, très conviviaux et très nombreux, vu l’importance des familles.

Aussi les repas que les participants de la rencontre DMK ont pu partager à Mulhouse ont-ils retrouvé une tradition ancienne. Quand Jacques-Henri Gros s’est levé au dîner du 31 octobre à la Société Industrielle pour accueillir, en vers de sa composition (que vous avez lu page 4), l’assemblée des cousins, il perpétuait une tradition bien ancrée ; celle des vers de circonstance, pour accompagner les fêtes que, d’ailleurs, on chantait souvent sur des airs connus, tout le monde reprenant le refrain, en français, mais parfois aussi en alsacien.

Ainsi ces couplets, si charmants, que j’ai repêchés dans un carton d’archives. Il est bien dommage de ne pouvoir en reproduire que les premiers centimètres car il s’agit, en fait, d’une bande de papier de plus d’un mètre de long, sur une douzaine de centimètres de large, qui est comme une bande dessinée verticale avec textes et dessins. Les vers sont de mirliton mais les dessins, pleins d’humour, attestent un très joli coup de crayon, ce qui était très fréquent dans une société dont l’industrie se vouait depuis longtemps aux formes et aux couleurs.

Il s’agit ici d’une double fête puisque l’on célèbre le mariage, le même jour, de deux demoiselles Dollfus : Camille et Clarisse, deux cousines qui ont vingt ans toutes les deux.

Rien de tellement original à cela, direz-vous ! Oui, mais qui sont les pères et qui sont les maris ? C’est ici que cela devient intéressant.

Clarisse – fille de Daniel Dollfus Ausset, chimiste réputé, puis directeur de DMC – épouse Jean Schlumberger (287-AB16), dont nous venons de parler. C’est lui héros des noces d’or du patriarche Jean Koechlin, lui le petit nouveau-né du plat d’argent, lui que, en souvenir de sa naissance, on a toujours appelé "Jean Dor". Il a maintenant 26 ans et travaille chez son père, Nicolas (127-AB1), à Guebwiller. Clarisse Schlumberger, qui descend de ce Nicolas par son père et par sa mère, et qui porte le prénom de son aïeule, Clarisse Dollfus, raconte comment Jean Dor fit sa cour : " C’est à 26 ans que Jean – un grand timide écrasé par la personnalité de Nicolas Schlumberger, son père – se lança dans l’aventure. Il se savait petit mais avait jeté son dévolu sur la jeune Clarisse Dollfus, pas bien grande non plus. Il tremblait de se voir éconduit le jour où, armé de tout son courage, il se rendit à Mulhouse pour y présenter sa demande officielle. Mais, à son grand soulagement, il reçut un accueil chaleureux de sa belle famille et put, alors, donner libre cours à son bonheur. Clarisse, menue, bien mise et décidée, plut à tout le monde. " Clarisse et Jean eurent quatre garçons et, à leur tour, en 1905, fêtèrent leurs noces de diamant.

  

Quant à Camille (155-GC13) – fille de Jean Dollfus (197-GC1), manufacturier, administrateur de DMC, homme politique et philanthrope – elle avait une grand’mère Mieg et une grand’mère Koechlin (Élisabeth, 87-GC). C’est son père qui, en 1872, fête ses noces de diamant. Ce 22 février 1845 elle épousait Jules K.(155-AM6), fils de Daniel et petit-fils du patriarche Jean. Les maris des cousines étaient eux aussi cousins entre eux. Jules et Camille eurent sept enfants, dont le dernier fut Charles, le compositeur bien connu.

Mais les deux couples, qui en 1845 à Mulhouse, s’étaient mis " à quatre en chemin " appartenaient à la génération qui eut à faire le choix : partir ou rester, après l’annexion de l’Alsace en 1870. Les Schlumberger restèrent à Guebwiller, les Koechlin émigrèrent à Paris avec leur famille. Un de leurs petit-fils, Yves K., fils du compositeur Charles, est aujourd’hui un des abonnés du BK.

Madeleine Fabre-Koechlin (GA2332*)

Camille Dollfus à l'âge de son mariage

 

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Couplets chantés aux noces de Mesdemoiselles Dollfus

AIR : Eh zig et zag
Ronde de Richard, cœur de lion No 185 de la Clé du Caveau

Dessin accompagnant les couplets (1)

1
Youp, youp, comme ça met en train
De se mettre à quatre en chemin !
Les voyages se font mieux
Quand on marche deux à deux.
En affaires, en voyage,
A la chasse, en mariage,
Sur terre... et peut-être au ciel,
Que le soleil nous rôtisse,
Ou que du froid on pâtisse
Sur les glaciers du Grimsel :
Et youp, &ca

2
Voyez ce ce pauvre touriste,
Éreinté, maussade et triste,
L'ennui semble l'accabler ;
Tout seul avec sa valise,
L'homme se démoralise :
Il ne sait à qui parler.
Mais comme ça vous met en train.. &ca

Dessin accompagnant les couplets (2)

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Dernière modification de cette page : 22/05/2007