Avant de vous parler de nos
familles en fête, voici l’aperçu d’un menu de noces à Ensisheim
du 2 janvier 1860, extrait du livre d’Auguste Klenck : " Le
vieux Mulhouse à Table " (1875) qui fut reproduit dans le
numéro du 20 février 1860 de la " Petite Gazette d’Alsace ".
On ne dit pas combien il y avait de convives, mais on parle de la
cordialité (que l’on nommerait, dans notre jargon actuel,
convivialité), de la réjouissance des cœurs heureux de "se
tremper dans les véritables attachements"... Cette dernière
phrase veut sans doute faire allusion aux liens de famille et à l’attachement
des époux ? Ce langage, un peu lourd et un peu désuet, le BK vous
propose de la faire vôtre pour décrire DMK à table à Mulhouse les
30-31 octobre 1998.
Menu des invités
Soupe,
Bœuf, morceaux goût d’Alsace, ½ cuisse, ½ poitrine,
Choucroute avec 12 basses-joues fumées et salées, Brodwürst,
Saucissons salés, franc-comtois,
Petits pâtés, genre d’Alsace,
Haricots avec côtelette de mouton et de veau au choix,
Volaille en beignets,
Filets à la sauce tomate,
Civets de lièvres et de chevreuil,
Fricandeaux avec purée de pommes de terre,
Filets de chevreuil à la sauce, ornés de cornichons,
Gelées de toutes sortes,
Boutings id.,
Gigots de mouton, Cuisses de chevreuil, 2 têtes de veaux,
Lièvres rôtis, 2 faisans,
Jambon frais rôti, régal du paysan d’Alsace,
Pasteten (pâtes froid, genre d’Alsace), Kokelhopf,
Dessert de toutes sortes.
Vins
Du pays : Ribeauvillé, etc… Bourgogne, Beaujolais,
Bordeaux, Champagne.
Menu des pauvres
Les pauvres n’avaient pas étaient oubliés, le menu de leur
repas était le suivant :
Soupe et bœuf à discrétion,
Ragoût de veau à la maître d’hôtel avec morceaux de lard
fumé et sauce,
Knœpfflé à discrétion avec le ragoût,
Bœuf mode entrelardé, à discrétion,
Salade aux pommes de terre id.
Pasteten (pâtés), Kokelhopf, id.,
Vins d’Alsace id.
Le correspondant de la petite Gazette d’Alsace ne nous dit pas si
les plats ont été servis dans l’ordre indiqué par le menu mais il
ajoute quelques détails :
" Le cuisiner, à force de cuire, a perdu connaissance et a
du recourir aux sels. "
" Les pauvres invités ont touché 1 franc pour leur
déplacement; il s’en trouvait de toutes les communes du
canton. "
" Le repas a été servi par de la jeunesse ouvrière
féminine de l’établissement, types naturels, francs et
frais. "
Nos familles en fête
A en juger par les faire-part de mariage ou d’anniversaires
de mariage conservés dans les boîtes d’archives DMK aux Archives
municipales, il n’était pas rare, au 19e siècle, de
fêter ses noces d’or, et même de diamant (60 ans). Jean Koechlin
(47-A), en 1819 ; fête ses noces d’or. Vous avez lu le récit
savoureux qu’en donne Clarisse Schlumberger, extrait de son livre
(" Schlumberger, Racines et Paysages ",
Oberlin 1997) paru dans le BK 40. On y voit, après trois jours de
festivités, la présentation aux jubilaires – sur un plat d’argent
– de leur arrière-petit-fils, né pendant qu’on était à table.
Jean Dollfus (197-GC1), lui en 1872, fête ses noces
de diamant dans une atmosphère beaucoup moins festive, ainsi qu’en
atteste une photo retrouvée et exposée à la fête DMK. Mais les repas
de famille sont restés, à Mulhouse, très conviviaux et très
nombreux, vu l’importance des familles.
Aussi les repas que les participants de la rencontre
DMK ont pu partager à Mulhouse ont-ils retrouvé une tradition
ancienne. Quand Jacques-Henri Gros s’est levé au dîner du 31 octobre
à la Société Industrielle pour accueillir, en vers de sa composition
(que vous avez lu page 4), l’assemblée des cousins, il perpétuait
une tradition bien ancrée ; celle des vers de circonstance, pour
accompagner les fêtes que, d’ailleurs, on chantait souvent sur des
airs connus, tout le monde reprenant le refrain, en français, mais
parfois aussi en alsacien.
Ainsi ces couplets, si charmants, que j’ai
repêchés dans un carton d’archives. Il est bien dommage de ne
pouvoir en reproduire que les premiers centimètres car il s’agit, en
fait, d’une bande de papier de plus d’un mètre de long, sur une
douzaine de centimètres de large, qui est comme une bande dessinée
verticale avec textes et dessins. Les vers sont de mirliton mais les
dessins, pleins d’humour, attestent un très joli coup de crayon, ce
qui était très fréquent dans une société dont l’industrie se
vouait depuis longtemps aux formes et aux couleurs.
Il s’agit ici d’une double fête puisque l’on
célèbre le mariage, le même jour, de deux demoiselles Dollfus :
Camille et Clarisse, deux cousines qui ont vingt ans toutes les deux.
Rien de tellement original à cela, direz-vous !
Oui, mais qui sont les pères et qui sont les maris ? C’est ici
que cela devient intéressant.
Clarisse – fille de Daniel Dollfus Ausset, chimiste
réputé, puis directeur de DMC – épouse Jean Schlumberger
(287-AB16), dont nous venons de parler. C’est lui héros des noces d’or
du patriarche Jean Koechlin, lui le petit nouveau-né du plat d’argent,
lui que, en souvenir de sa naissance, on a toujours appelé "Jean
Dor". Il a maintenant 26 ans et travaille chez son père, Nicolas
(127-AB1), à Guebwiller. Clarisse Schlumberger, qui descend de ce
Nicolas par son père et par sa mère, et qui porte le prénom de son
aïeule, Clarisse Dollfus, raconte comment Jean Dor fit sa cour :
" C’est à 26 ans que Jean – un grand timide écrasé par
la personnalité de Nicolas Schlumberger, son père – se lança dans l’aventure.
Il se savait petit mais avait jeté son dévolu sur la jeune Clarisse
Dollfus, pas bien grande non plus. Il tremblait de se voir éconduit le
jour où, armé de tout son courage, il se rendit à Mulhouse pour y
présenter sa demande officielle. Mais, à son grand soulagement, il
reçut un accueil chaleureux de sa belle famille et put, alors, donner
libre cours à son bonheur. Clarisse, menue, bien mise et décidée,
plut à tout le monde. " Clarisse et Jean eurent quatre
garçons et, à leur tour, en 1905, fêtèrent leurs noces de diamant.
Quant à Camille (155-GC13) – fille de Jean Dollfus
(197-GC1), manufacturier, administrateur de DMC, homme politique et
philanthrope – elle avait une grand’mère Mieg et une grand’mère
Koechlin (Élisabeth, 87-GC). C’est son père qui, en 1872, fête ses
noces de diamant. Ce 22 février 1845 elle épousait Jules K.(155-AM6),
fils de Daniel et petit-fils du patriarche Jean. Les maris des cousines
étaient eux aussi cousins entre eux. Jules et Camille eurent sept
enfants, dont le dernier fut Charles, le compositeur bien connu.
Mais les deux couples, qui en 1845 à Mulhouse, s’étaient
mis " à quatre en chemin " appartenaient à la
génération qui eut à faire le choix : partir ou rester, après l’annexion
de l’Alsace en 1870. Les Schlumberger restèrent à Guebwiller, les
Koechlin émigrèrent à Paris avec leur famille. Un de leurs
petit-fils, Yves K., fils du compositeur Charles, est aujourd’hui un
des abonnés du BK.
Madeleine Fabre-Koechlin (GA2332*)
AIR : Eh zig et zag
Ronde de Richard, cœur de lion No 185 de la Clé du Caveau
1
Youp, youp, comme ça met en train
De se mettre à quatre en chemin !
Les voyages se font mieux
Quand on marche deux à deux.
En affaires, en voyage,
A la chasse, en mariage,
Sur terre... et peut-être au ciel,
Que le soleil nous rôtisse,
Ou que du froid on pâtisse
Sur les glaciers du Grimsel :
Et youp, &ca
2
Voyez ce ce pauvre touriste,
Éreinté, maussade et triste,
L'ennui semble l'accabler ;
Tout seul avec sa valise,
L'homme se démoralise :
Il ne sait à qui parler.
Mais comme ça vous met en train.. &ca