Ses voisins parlent trois langues différentes : en
Allemagne, l’allemand, en France, le français et, en Suisse, un dialecte
alémanique, à la grammaire très simplifiée.
Les Alsaciens, qui se sont liés à la Suisse par alliance
depuis 1515, ont adopté cette même langue orale qui ne s’écrit pas, mais
sert pour les échanges au concret entre les personnes. On lit et on écrit en
allemand.
Au 18e siècle, dans la classe supérieure, le
français gagne. Dès 1680, une école française a été ouverte. En fait, la
société des familles bourgeoises est bilingue (allemand-français). Les jeunes
fils de patrons sont envoyés apprendre le français en Franc ou en Suisse
romande. Le peuple, qui se scolarise très lentement, continue à parler
alsacien, mais l’enseignement de l’église reste en allemand,
compréhensible pour ceux qui parlent alsacien.
En 1870, l’Alsace est annexée par l’Allemagne. L’allemand
est imposé comme langue officielle. Mais, à Mulhouse, on résiste : on
continue à parler français dans les familles, à aller à l’église
protestante française et le bulletin de la Société Industrielle, les procès
verbaux de ses séances, sont toujours en français. L’alsacien reste vivant
dans les classes populaires et les bourgeois le comprennent.
En 1918, la France revient. Écoles en français. A nouveau, l’alsacien
assure la continuité de l’identité d’une population qui a été à l’école
allemande.
Nouveau changement en 40 et encore en 45. En fait, les
personnes nées avant 1870 et qui sont décédées après 1850, auront changé
cinq fois de nationalité au cours de leur vie. Déjà complexe du fait de la
géographie, les avatars de l’histoire ont rendu cette situation linguistique
exceptionnelle.
Peut-être peut-on transformer cette difficulté en
richesse ?