Quelques mémoires de maîtrise d’histoire de l’Université de
Haute-Alsace présentés lors de la Table Ronde du 30 octobre 1998 à Mulhouse
Des bourgeois mulhousiens et l’opportunité des indiennes
au 18e siècle
Le 8 mars 1746, trois bourgeois de Mulhouse : Samuel
Koechlin, Jean-Henri Dollfus et Jean-Jacques Schmaltzer, signent une convention
décisive. Ils engagent un maître fabricant pour leur futur manufacture d’indiennes
(toiles de coton imprimées). La société "Koechlin, Schmaltzer et
Cie", considérée par ses contemporains comme une simple affaire de
commerce, constitue bel et bien le point de départ de l’aventure industrielle
pour les négociants mulhousiens. Les pionniers de l’indiennage disposent d’appuis
familiaux puis financiers, au sein du Conseil municipal. L’entreprise existe
jusqu’à l’été 1758, date à laquelle ses associés se séparent pour
fonder trois maisons concurrentes. Trois autres sociétés ont également vu le
jour durant cette période. L’élan est donné et le nombre de bourgeois
mulhousiens passant du négoce à la fabrique s’avère de plus en plus
important. A la fin du 18e siècle, les plus grandes fortunes ont
été constituées par les indienneurs, Samuel Koechlin en tête, et l’entreprise
la plus importante est dirigée par un certain Jean-Henri Dollfus.
Le succès des indiennes à Mulhouse est lié à un facteur
pour le moins original : la prohibition des toiles de coton imprimées dans
le royaume de France. Les pionniers de l’indiennage se sont livrés à la
contrebande et, grâce à celle-ci, les manufactures mulhousiennes ont
bénéficié d’une avance de plus de dix ans sur leurs concurrentes
françaises.
Isabelle URSCH-BERNIER

Les talents artistiques d’un industriel mulhousien :
Alfred Koechlin-Schwartz (1829-1895)
Les obligations professionnelles et la participation à la
vie civique :
 | Une carrière industrielle dans la tradition familiale : patron de la
filature de laine peignée Koechlin-Schwartz et Cie. |
 | Le refus d’une Alsace allemande : l’activité résistance à l’envahisseur
durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, la décision d’opter pour
la France. |
 | La carrière politique : maire du VIIIe arrondissement de
Paris et député du Nord sous l’étiquette boulangiste. |
Un accomplissement individuel réussi :
 | L’art comme refuge : la pratique du dessin en amateur comme moyen
de s’évader des contraintes professionnelles. |
 | Le goût des voyages : découvrir de nouveaux paysages, principales
sources d’inspiration. |
 | Illustration : les 366 dessins attribués à Alfred K-Schwartz et
conservés au Musée historique de Mulhouse. |
 | 1853-1855 : les œuvres de jeunesse inspirées
de l’Égypte et de l’Inde - la découverte de l’Orient. |
 | 1871-1877 : les dessins d’arbres et de forêts (Tannenwald,
Belfort, Jura, Plombières, Bois de Boulogne, Forêt de Compiègne) - le
désir de communion avec la nature. |
 | 1879-1880 : les croquis de voyage rapportés de longs périples en
Russie et en Scandinavie. |
 | 1877-1890 : les paysages inspirés de la Bretagne, de la Suisse, de
l’Italie et du Cap d’Antibes – l’attrait des lieux de
villégiature à la mode. |
Mélanie STEINBACK-INGOLD

La collection d’antiquités de Frédéric ENGEL-DOLLFUS
Son fondateur : L’industriel Frédéric Engel-Dollfus
(1818-1883).
Son contenu : La collection Engel-Dollfus réunit
deux collections privées bas-rhinoises : les collections du docteur
Schnoeringer de Brumath et du pharmacien Napoléon Nicles de Benfeld. Elle fut,
par la suite, augmentée de collections plus petites et de divers dons (J.-G.
Stoffel, Arthur Engel...). Parmi les objets les plus remarquables : le
lapidaire constitué de stèles de Mercure trouvées en 1832 par le Docteur
Schoeringer dans la Hardt, près de Gundershoffen.
Sa localisation : D’abord présentée dans la
salle de réunion à Dornach où elle constituait le "musée archéologique
Engel-Dollfus" (1869-1882), la collection archéologique est léguée, en
1882, au musée historique de Mulhouse.
Son objectif : "Offrir aux esprits un élément
saisissable". Le cabinet d’antiquités n’est plus seulement une
occupation purement dilettante, il devient un instrument de démonstration.
Christina BURDET

La "fabricantocratie mulhousienne" et les abattoirs
de Mulhouse au 19e siècle
Au 19e siècle, Mulhouse était une ville en plein essor
industriel et de ce fait un pôle d’attraction pour la main d’œuvre à la
recherche d’un emploi. Le fort accroissement démographique de la ville causa
d’importants problèmes aux autorités municipales, en particulier dans les
réponses à apporter en matière de gestion des besoins alimentaires.
En effet, l’approvisionnement en denrées vitales ne
pouvait s’effectuer sans une logistique appropriée tant dans le commerce des
légumes et du pain que dans celui de la viande.
En ce qui concerne ce dernier, les maires de Mulhouse et
notamment André Koechlin, Émile Dollfus ou Émile Koechlin, furent soucieux d’assurer
à la population un approvisionnement en viandes en quantités suffisantes mais
également de qualité (conforme aux normes d’hygiène) et à un meilleur
marché.
Peur eux, cela passait avant tout par un bon fonctionnement
de ce commerce par conséquent sa bonne organisation. Dans cette optique, il
considérèrent comme nécessaire de bien maîtriser et contrôler le commerce
de la viande pour assurer le bien public alors qu’ils étaient adeptes du libéralisme
économique.
Représentants de la nouvelle bourgeoisie industrielle, ces
maires imposèrent alors avec autorité leurs vues et de nouvelles obligations
aux bouchers mulhousiens qui étaient, eux, représentants de l’ancienne
bourgeoisie des commerçants et artisans.
En effet, ils firent du nouvel abattoir municipal construit
en 1843, un lieu de centralisation du commerce de la viande ; c’est à
dire un lieu où ce commerce et tout ce qui s’y rattache devait passer
obligatoirement à un moment donné.
Pour ce faire, ils obligèrent, avec des règlements
municipaux, les bouchers de Mulhouse à abattre à l’abattoir municipal. L’abattoir
devint dès lors le seul lieu d’abattage autorisé pour les bouchers résidant
à Mulhouse ; les "tueries particulières" furent fermées et
interdites.
Pour les bouchers, ce fut là une obligation à laquelle ils
s’accommodèrent mal car, pour eux, il aurait été bien plus pratique d’abattre
près de leur lieu de débit, que d’avoir à acheminer le bétail à l’abattoir
municipal.
Les raisons pour lesquelles les autorités municipales
voulurent centraliser le commerce de la viande sont les suivantes :
 | Pourvoir à la salubrité publique en assurant la propreté des rues (on
pouvait abattre sur la voie publique selon l’usage du Moyen Age jusqu’en
18e siècle dans les villes françaises). |
 | Faire de l’abattoir un lieu clos pour cacher à la vue du public les
spectacles sanglants qui aux yeux des contemporains pouvaient engendrer, par
contagion, violence et corruption sociale. |
 | Assurer aux animaux un traitement décent avant leur mise à mort. |
 | Contrôler de manière plus efficace l’hygiène des viandes et éviter
la mise sur le marché de viandes provenant de bêtes malades, voire mortes. |
 | Assurer à la ville des revenus en améliorant la surveillance de l’octroi
sur les viandes et en procurant à la ville une source de revenus
supplémentaire avec la perception des droits d’abattage. |
 | Rendre la viande meilleur marché pour les familles et individus percevant
de bas salaires en diminuant l’octroi sur les viandes consommées par la
classe ouvrière. |
Patrick GOLFIER

Les Mulhousiens de Sainte Marie-aux-Mines
Au milieu du 18e siècle des industrielles mulhousiens se
sont installés à Sainte Marie-aux-Mines pour faire fortune dans le textile.
Ils sont initiateurs et les fondateurs de la grande industrie sainte marienne
qui anima la vallée jusqu’au milieu du 20e siècle.
En 1749, Philippe Steffan et Médard Zetter sont les premiers
industriels mulhousiens à s’y établir. Ils exploitent une fabrique de toiles
de coton et d’indiennes. Par la suite, en 1754, Zetter s’associe à Jean
Georges Reber et Philippe Henri Bregentzer pour exploiter une fabrique de rubans
à Illzach. Ils rencontrent rapidement des difficultés avec la corporation des
passementiers opposée à l’innovation technique que représentent les
métiers utilisés. Elle réussit à les faire interdire par le Conseil de la
Ville de Mulhouse en janvier 1755. Ce n’est pas la première fois que Reber et
ses amis sont en butte aux interdictions des corporations. Il décide alors de
quitter la ville pour s’installer dans la vallée de la Liépvrette où, avec
ses associés, il monte un filature en mars 1755. Reber devient bientôt l’entrepreneur
le plus important de la vallée ainsi, s’il ne fut pas le premier mulhousien
à Sainte Marie-aux-Mines, c’est lui qui donna l’impulsion nécessaire au
développement de l’industrie textile sainte marienne.
Les affaires de Reber et ses successeurs attira d’autres
entrepreneurs. A leur suite d’autres Mulhousiens vinrent à Sainte
Marie-aux-Mines et prospérèrent. Dès leur arrivée, la plupart d’entre eux
se lie aux familles locales ; il apparaît que la plupart des familles
industrielles de Sainte Marie-aux-Mines eurent pour fondateur un
"étranger" à la vallée.
Ces familles restent en contact avec leur ville natale par la
franc maçonnerie et leur adhésion à la S.I.M. Concernant la franc
maçonnerie, nous ne possédons que quelques renseignements conservés aux
Archives municipales de Mulhouse. Ces archives font état de la visite de L.
Baumgartner et de J. Weber en 1870 et de la correspondance entre la Parfaite
Harmonie et la loge sainte marienne Les Vrais Amis Alsaciens (1830-1833). Les
liens entre les deux sociétés industrielles, celle de Sainte Marie-aux-Mines
ayant été fondée en 1871, sont plus évidents mais ténus. Des industriels
membres des deux sociétés stimulent les échanges bien que peu fréquents
entre Sainte Marie-aux-Mines et Mulhouse.
Les familles originaires de Mulhouse, sans oublier leurs
racines, ne se mêlent pas à la société mulhousienne. Elles évoluent dans un
cercle proprement sainte marien, symbolisé par leurs produits et modes de
fabrication différents de ceux de Mulhouse.
Laurence GAESSLER

Mais qui sont les cinq étudiants qui ont participé au
colloque ?
Ceux qui sont venus nous instruire de leurs recherches sont
des étudiants de l’Université de Haute Alsace, à Mulhouse, du Département
d’Histoire, et ils ont travaillé sous la direction de Marie-Claire Vitoux –
elle-même Maître de conférences en cette université. Elle nous les
présente :
Les cinq communications présentées sont issues d’un
mémoire de maîtrise : ce diplôme se prépare en quatrième année d’études
supérieures et constitue une initiation à la recherche. L’étudiant choisit
son thème en collaboration avec un enseignant-chercheur de l’Université qui
le suit durant l’année de recherche.
Si Mélanie Steinbach-Ingold a pu présenter un
résumé de son travail sur Alfred Koechlin-Schwartz (1829-1895), les
autres communicants n’ont présenté qu’un aspect de leur travail de
maîtrise, pour correspondre aux attentes des organisateurs de ce colloque sur
les grandes familles.
Ainsi Patrick Golfier, qui a travaillé sur Les
abattoirs de Mulhouse au XIXème siècle a montré la difficulté qu’ont
eu les élites mulhousiennes à concilier leur attachement au libre commerce
avec leur volonté de contrôler l’activité de boucherie qui peut être
dangereuse pour la santé publique.
Christian Burdet, dont le travail de maîtrise sur L’archéologie
en Alsace sous le Second Empire a été complété depuis par une DEA, a
centré son intervention sur les hommes qui ont constitué les fonds
archéologiques des musées mulhousiens.
Laurence Gaessler, qui a étudié La Société
Industrielle et Commerciale de Sainte Marie aux Mines (1871-1924), a
rappelé les liens étroits unissant les Mulhousiens aux Sainte-mariens.
Isabelle Ursch-Bernier, qui a étudié les premières
années de La première manufacture des toiles peintes (1746), a analysé
avec précision qui étaient les trois fondateurs et ainsi mis à mal quelques
mythes.
Marie-Claire Vitoux a participé personnellement à la
Table Ronde organisée par DMK en nous parlant " Des femmes et de
la philanthropie " . Comme cet aspect de la vie des familles
au 19e siècle - si important dans la vie de nos ancêtres qui furent
souvent des ‘dames d’œuvre’ - a été évoqué par elle d’une façon
aussi savante que charmante, nous lui avons demandé son
texte pour le publier ici. Elle souhaite, cependant, le retravailler et nous
le propose pour le prochain numéro du BK.
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