Dans les familles K, même éloignées de
Mulhouse depuis longtemps, on a conservé bien souvent le souvenir du vieux Jean
Koechlin (47-A), père de 20 enfants, dont douze fils. On connaît l’estampe
où on le voit, à la tête de cinq générations profilées, avec la fameuse
légende " Ma fille, va dire à ta fille que la fille de sa fille
pleure... "
Mais connaissez-vous l’épisode, non moins digne de
mémoire, de ses noces d’or, au côtés de son épouse, Climène Dollfus, qui
furent célébrées à Mulhouse le 21 février 1819 ? J’en emprunte le
récit délectable au livre de Clarisse Schlumberger " Schlumberger :
Racines et Paysages " (p. 124-125), paru en 1997 et dont le
dernier BK vous a recommandé la lecture.
" Tous les descendants des jubilaires y furent
réunis. Cela fit du monde puisqu’ils avaient eu 20 enfants. ...Le tout
Mulhouse participa à la fête. Les festivités durèrent trois jours. Trois
jours pour festoyer, chanter, danser. Et, comme à l’habitude, on y entonna
toutes les vielles rengaines en alsacien, mais aussi nombre de couplets
élaborés pour l’occasion, mêlant le rire à l’émotion. "
Parmi les petits-enfants des jubilaires, Lise (fille de leur
fille aînée, Anna) qui figure la troisième sur la fameuse estampe, mariée à
Nicolas Schlumberger, était sur le point d’accoucher.
" Tant d’émotions, de monde,
d’abus gastronomiques, précipitèrent les choses. Il lui fallut quitter la
fête en toute hâte, pour arriver, in extremis, chez Schlumberger père, le
seul refuge où elle pouvait trouver encore quelqu’un, tout le monde étant à
la fête. Le pauvre homme se fut bien dispensé de ce genre d’embarras !
On eut à peine le temps d’alerter la sage-femme que Lise accouchait d’un
garçon, prénommé Jean en l’honneur de son bisaïeul, le héros de la fête.
La présentation inopinée, sur un plat d’argent, de ce tout dernier rejeton,
fut l’un des clous de la soirée. Célébration triomphale d’une dynastie
imposante, tant par le nombre que par la réussite. " Et qui
réunissait les Koechlin, les Dollfus et les Schlumberger.