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Avec l’ère du machinisme et les débuts de la
mécanisation des moyens de productions, la concurrence anglaise et son
avance technologique qui menacent l’industrie mulhousienne, les
manufacturiers prennent conscience, ainsi que le précise l’un d’eux
" que les tâtonnements et l’empirisme que l’industrie
avait connus depuis des débuts " ne permettraient plus de
progresser, mais que " les sciences appliquées à l’art
de l’industrie " seraient seules en mesure d’assurer
son développement futur.
La règle d’or transcrite dans notre vocabulaire
actuel : recherche finalisée = produits nouveaux = technologies
nouvelles = industrialisation et création de richesses, toujours
valable aujourd’hui, conduira les industriels mulhousiens à s’organiser
autrement. Ils vont créer les conditions d’un art industriel
intégrant une démarche scientifique qui se substituera à un artisanat
manufacturier.
Un nouveau décollage industriel est lancé, celui de
l’industrialisation mécanique qui verra la génération montante, les
jeunes fils des industriels en place, s’organiser et s’unir au sein
d’une association privée : la Société Industrielle de
Mulhouse, véritable technostructure d’où vont émaner de nombreuses
initiatives dans les domaines scientifiques, social et culturel
notamment.
Cette Société a été fondée le 24 décembre 1825
en se fixant des objectifs (voir encadré ci-contre).
En peu de temps, cette association, qui est toujours
bien vivante et active, va devenir un foyer de recherche et d’innovation,
l’une des sociétés savantes parmi les plus importantes de France.
En dehors de son rôle
prépondérant dans le second essor industriel au sud de l’Alsace, la
SIM prendra l’initiative de constituer des espaces de loisirs, (Zoo de
Mulhouse, par exemple) et d’éducation avec la fondation de musées et
de collections diverses : histoire naturelle et ethnographique
(toutes deux malheureusement détruites pendant la deuxième
guerre) ; géologie ; arts décoratifs ;
archéologie ; historique et Beaux-Arts.
CHAPITRE
PREMIER
But de la Société
ART. 1. Le but de
cette association est l’avancement et la propagation de l’industrie
par la réunion sur un point central d’un grand nombre d’éléments
d’instruction ; par la communication des découvertes et
des faits remarquables, ainsi qu des observations qu’ils auront
fait naître ; et par tous les moyens qui seront suggérés
par le zèle des membres de l’association pour en assurer le
succès.
ART. 2. On formera
dans le local de la société un bibliothèque et un cabinet de
lecture des meilleurs ouvrages et journaux, tant français qu’étranger,
traitant des arts et sciences, ainsi que des collections de
modèles, de plans et de produits manufacturés.
ART. 3. La
société publiera un bulletin mensuel, renfermant tous les faits
qu’elle jugera devoir intéresser plus particulièrement l’industrie
de notre département.
ART. 4. Elle
proposera des prix pour l’invention, le perfectionnement ou l’exécution
de machines et de procédés avantageux aux arts, aux
manufactures, à l’agriculture et à l’économie domestique.
ART. 5. Elle
cherchera à constater par des expériences le mérite des
inventions nouvellement publiées et s’occupera des recherches
scientifiques qui pourraient devenir utiles à l’industrie.
ART. 6. Elle s’occupera
de tout ce qui pourra conduire à propager et à consolider parmi
la classe ouvrière, l’amour pour le travail, pour l’économie
et pour l’instruction. |
Fac-similé des dix-sept signatures des
22 fondateurs de la SIM
le 24 décembre 1825. Archives de la SIM.
Le Musée Historique et le Musée des Beaux-Arts ont
été crées après l’annexion de l’Alsace à l’Empire allemand en
1870. Le maintien de l’identité est donc illustré par cette volonté
de garder la mémoire d’un passé indépendant et libre ; le
Musée des Beaux-Arts, patiemment constitué par quelques amateurs,
traduit l’esprit français et l’attachement à la France : 95%
des œuvres sont dues à des artistes français !
De cette première génération de collections
créées par le mécénat industriel local, le plus original et le plus
ancien dans sa catégorie est sans conteste le Musée de l’Impression
sur Étoffes, le premier musée industriel dont la proposition est faite
à la SIM par l’un de ses membres en 1832. L’objectif est de
rassembler les textiles fabriqués à Mulhouse depuis les origines de
cette industrie, pour en faire un musée mais aussi, concept
visionnaire, pour servir de source d’inspiration aux générations
futures, autrement dit, pour servir de ce que nous appelons aujourd’hui
une banque de données ouvertes aux éditeurs, créateurs et imprimeurs
de collections textiles.
La collecte des productions sera organisée et un
musée spécifique installé sous le nom de Musée du dessin industriel
en 1854.
Par le biais de la SIM, l’impulsion était donnée. Dès lors, une
seconde génération de musées va naître à partir des années 1970,
héritière directe d’une tradition industrielle qui a su valoriser
les vertus du travail, une culture technique et l’esprit d’innovation
d’une ville.
L’interlocuteur privilégié restera encore l’espace
d’initiatives que représente la SIM, pour ce qui concerne le Musée
du Chemin de Fer, du Papier Peint et de l’Énergie Électrique. Le
Musée de l’Automobile et l’Écomusée relèvent de l’initiative
strictement individuelle mais ont néanmoins, à des degrés
différents, des attaches avec l’industrie.
Citons, enfin, la création, au cours des années 80,
de deux associations :
 | le CESTIL (Centre de Culture Scientifique, Technique et
Industrielle de Mulhouse) dont le rôle est d’assurer, notamment,
un contact permanent entre les différents musées, d’en favoriser
la promotion et l’animations. |
 | et le CERARE (Centre Rhénan d’Archives et de Recherches
Économiques) dont la mission est de sauvegarder, conserver et
exploiter toutes les archives non prises en compte à ce jour par
les institutions officielles spécialisées. Le CERARE gère le
patrimoine archivistique économique et privé. |
Le Président fondateur de ces deux associations
privées est notre cousin, Jacques-Henri Gros (AB33832).
Enfin, la SIM elle-même dispose d’une
bibliothèque privée qui compte plus de 30 000 ouvrages
spécialisés en culture scientifique, technique et industrielle. Elle s’est
associée récemment avec la Bibliothèque de l’Université de Haute
Alsace à Mulhouse pour former le noyau dur d’un réseau documentaire
informatisée à relier prochainement aux fonds des différents musées
mulhousiens.
En conclusion, on peut dire que : le patriciat
manufacturier a su poser aux 19e siècle, sous l’impulsion
de la SIM, les jalons d’un ensemble de collections d’un mobilier
industriel qui est le second site important de son genre après Paris.
Cette conscience avant-gardiste d’un patrimoine original est le reflet
d’un pragmatisme quasi anglo-saxon que certains historiens n’ont
pas hésité à qualifier de "modèle mulhousien".
Celui-ci prend ses racines dans une histoire, celle d’hommes
ayant des projets et une volonté affirmée. Ils on su aussi bâtir pour
l’avenir car les enjeux économiques de ce pôle muséal peuvent
donner à cette ville, ouverte sur l’Europe, la dimension
internationale que l’industrie lui a donnée dont elle conserve et
développe tout à la fois les richesses passées et futures.
(1) Cet article est extrait d’un remarquable exposé présenté le
10 novembre 1989 à l’Auditorium du Louvre par Madame Claudine
Hébrard, alors Secrétaire Générale Adjointe de la SIM.
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