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BK no 40 - juin 1998

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La Société Industrielle de Mulhouse (SIM)

Cheville ouvrière du "miracle mulhousien"(1)

Avec l’ère du machinisme et les débuts de la mécanisation des moyens de productions, la concurrence anglaise et son avance technologique qui menacent l’industrie mulhousienne, les manufacturiers prennent conscience, ainsi que le précise l’un d’eux " que les tâtonnements et l’empirisme que l’industrie avait connus depuis des débuts " ne permettraient plus de progresser, mais que " les sciences appliquées à l’art de l’industrie " seraient seules en mesure d’assurer son développement futur.

La règle d’or transcrite dans notre vocabulaire actuel : recherche finalisée = produits nouveaux = technologies nouvelles = industrialisation et création de richesses, toujours valable aujourd’hui, conduira les industriels mulhousiens à s’organiser autrement. Ils vont créer les conditions d’un art industriel intégrant une démarche scientifique qui se substituera à un artisanat manufacturier.

Un nouveau décollage industriel est lancé, celui de l’industrialisation mécanique qui verra la génération montante, les jeunes fils des industriels en place, s’organiser et s’unir au sein d’une association privée : la Société Industrielle de Mulhouse, véritable technostructure d’où vont émaner de nombreuses initiatives dans les domaines scientifiques, social et culturel notamment.

Cette Société a été fondée le 24 décembre 1825 en se fixant des objectifs (voir encadré ci-contre).

En peu de temps, cette association, qui est toujours bien vivante et active, va devenir un foyer de recherche et d’innovation, l’une des sociétés savantes parmi les plus importantes de France.

En dehors de son rôle prépondérant dans le second essor industriel au sud de l’Alsace, la SIM prendra l’initiative de constituer des espaces de loisirs, (Zoo de Mulhouse, par exemple) et d’éducation avec la fondation de musées et de collections diverses : histoire naturelle et ethnographique (toutes deux malheureusement détruites pendant la deuxième guerre) ; géologie ; arts décoratifs ; archéologie ; historique et Beaux-Arts.

CHAPITRE PREMIER
But de la Société

ART. 1. Le but de cette association est l’avancement et la propagation de l’industrie par la réunion sur un point central d’un grand nombre d’éléments d’instruction ; par la communication des découvertes et des faits remarquables, ainsi qu des observations qu’ils auront fait naître ; et par tous les moyens qui seront suggérés par le zèle des membres de l’association pour en assurer le succès.

ART. 2. On formera dans le local de la société un bibliothèque et un cabinet de lecture des meilleurs ouvrages et journaux, tant français qu’étranger, traitant des arts et sciences, ainsi que des collections de modèles, de plans et de produits manufacturés.

ART. 3. La société publiera un bulletin mensuel, renfermant tous les faits qu’elle jugera devoir intéresser plus particulièrement l’industrie de notre département.

ART. 4. Elle proposera des prix pour l’invention, le perfectionnement ou l’exécution de machines et de procédés avantageux aux arts, aux manufactures, à l’agriculture et à l’économie domestique.

ART. 5. Elle cherchera à constater par des expériences le mérite des inventions nouvellement publiées et s’occupera des recherches scientifiques qui pourraient devenir utiles à l’industrie.

ART. 6. Elle s’occupera de tout ce qui pourra conduire à propager et à consolider parmi la classe ouvrière, l’amour pour le travail, pour l’économie et pour l’instruction.

 

Fac-similé des dix-sept signatures des 22 fondateurs de la SIM
le 24 décembre 1825. Archives de la SIM.

xxxsignatures.gif (6649 octets)Le Musée Historique et le Musée des Beaux-Arts ont été crées après l’annexion de l’Alsace à l’Empire allemand en 1870. Le maintien de l’identité est donc illustré par cette volonté de garder la mémoire d’un passé indépendant et libre ; le Musée des Beaux-Arts, patiemment constitué par quelques amateurs, traduit l’esprit français et l’attachement à la France : 95% des œuvres sont dues à des artistes français !

De cette première génération de collections créées par le mécénat industriel local, le plus original et le plus ancien dans sa catégorie est sans conteste le Musée de l’Impression sur Étoffes, le premier musée industriel dont la proposition est faite à la SIM par l’un de ses membres en 1832. L’objectif est de rassembler les textiles fabriqués à Mulhouse depuis les origines de cette industrie, pour en faire un musée mais aussi, concept visionnaire, pour servir de source d’inspiration aux générations futures, autrement dit, pour servir de ce que nous appelons aujourd’hui une banque de données ouvertes aux éditeurs, créateurs et imprimeurs de collections textiles.

La collecte des productions sera organisée et un musée spécifique installé sous le nom de Musée du dessin industriel en 1854.

  
Par le biais de la SIM, l’impulsion était donnée. Dès lors, une seconde génération de musées va naître à partir des années 1970, héritière directe d’une tradition industrielle qui a su valoriser les vertus du travail, une culture technique et l’esprit d’innovation d’une ville.

L’interlocuteur privilégié restera encore l’espace d’initiatives que représente la SIM, pour ce qui concerne le Musée du Chemin de Fer, du Papier Peint et de l’Énergie Électrique. Le Musée de l’Automobile et l’Écomusée relèvent de l’initiative strictement individuelle mais ont néanmoins, à des degrés différents, des attaches avec l’industrie.

Citons, enfin, la création, au cours des années 80, de deux associations :

bulletle CESTIL (Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle de Mulhouse) dont le rôle est d’assurer, notamment, un contact permanent entre les différents musées, d’en favoriser la promotion et l’animations.
bulletet le CERARE (Centre Rhénan d’Archives et de Recherches Économiques) dont la mission est de sauvegarder, conserver et exploiter toutes les archives non prises en compte à ce jour par les institutions officielles spécialisées. Le CERARE gère le patrimoine archivistique économique et privé.

Le Président fondateur de ces deux associations privées est notre cousin, Jacques-Henri Gros (AB33832).

Enfin, la SIM elle-même dispose d’une bibliothèque privée qui compte plus de 30 000 ouvrages spécialisés en culture scientifique, technique et industrielle. Elle s’est associée récemment avec la Bibliothèque de l’Université de Haute Alsace à Mulhouse pour former le noyau dur d’un réseau documentaire informatisée à relier prochainement aux fonds des différents musées mulhousiens.

En conclusion, on peut dire que : le patriciat manufacturier a su poser aux 19e siècle, sous l’impulsion de la SIM, les jalons d’un ensemble de collections d’un mobilier industriel qui est le second site important de son genre après Paris. Cette conscience avant-gardiste d’un patrimoine original est le reflet d’un pragmatisme quasi anglo-saxon que certains historiens n’ont pas hésité à qualifier de "modèle mulhousien".

Celui-ci prend ses racines dans une histoire, celle d’hommes ayant des projets et une volonté affirmée. Ils on su aussi bâtir pour l’avenir car les enjeux économiques de ce pôle muséal peuvent donner à cette ville, ouverte sur l’Europe, la dimension internationale que l’industrie lui a donnée dont elle conserve et développe tout à la fois les richesses passées et futures.

(1) Cet article est extrait d’un remarquable exposé présenté le 10 novembre 1989 à l’Auditorium du Louvre par Madame Claudine Hébrard, alors Secrétaire Générale Adjointe de la SIM.

 

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Dernière modification de cette page : 23/11/2008