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BK no 40 - juin 1998

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Un parcours Koechlin à Mulhouse

A l’arrivée en gare de Mulhouse, ayez une pensée émue pour Nicolas et André Koechlin. Bien entendu, la gare actuelle, refaite en 1932, n’est plus celle des premiers trains, ceux qu’ils firent rouler en 1839-40, Nicolas finançant les rails et les équipements et André fabriquant les motrices. Relisez, pour cette épopée pionnière, les numéros 20 (André) et 24 et 25 (Nicolas) du BK.

A Mulhouse, en effet, tout le monde sait que la première ligne internationale européenne fut le fait d’un Mulhousien, Nicolas K., petit-fils de l’un des fondateurs de la première manufacture d’impression sur étoffes, "industriel-négociant calviniste" ainsi que le rappelle Edouard Boeglin, journaliste à " L’Alsace ", dans son guide de Mulhouse.

Tout près de la gare vous pourrez faire deux stations K.:

Gare de Mulhouse
La deuxième gare de Mulhouse, inaugurée lors de la construction de la ligne Strasbourg-Bâle en 1841, va rapidement être dépassée par le volume du trafic qui est multiplié par dix entre 1863 et 1899. Malgré de nombreuses réclamations, il faudra attendre 1932 pour que Mulhouse dispose enfin d’une gare digne d’une grande ville.

Le Musée d’Impression sur Étoffes : sortant de la gare, allez à droite vers le pont et, là, tournez à gauche. Vous verrez le bâtiment du Musée aussitôt à gauche. Vous y trouverez des échantillons de l’industrie des indiennes, ces fines étoffes – de coton ou de laine – tissées et imprimées à Mulhouse dès le milieu du 18e siècle. Vous y apprendrez leur histoire et les techniques afférentes, parfois même en démonstration. Vous y lirez souvent le nom des Koechlin, techniciens, dessinateurs, coloristes, chimistes ou capitaines d’industrie.

Et, à la boutique, on vous proposera des châles, des foulards, des sacs, des posters, reproduisant des modèles anciens.

Sortant de là, vous allez trouver, à gauche, la rue Joffre qui vous mènera à la place de la Bourse, un jardin en triangle entouré d’arcades sur lesquelles règne, rose et blanc, l’immeuble de la Société Industrielle, construit par Nicolas K. et offert par lui à la S.I.M. pour y abriter ses activités, à partir de 1826.

La façade rose et blanche de la SIM
La façade rose et blanche de la S.I.M.

Cette Société Industrielle avait pour but de faire progresser toutes les techniques de l’industrie du Haut-Rhin. Il s’agissait essentiellement de mettre à la disposition des fabricants une documentation scientifique, aussi étendue que complète, d’encourager l’esprit d’entreprise et de proposer aux pouvoirs publics la réalisation de projets d’utilité générale.

L’idée en revient à Nicolas K. qui met ainsi en pratique les concepts élaborés dans la loge maçonnique mulhousienne du Grand Orient de France : "La Parfaite Harmonie". (Cf. l’article sur la S.I.M.)

C’est là que vous pourrez visiter l’exposition temporaire D.M.K. (Dollfus Mieg Koechlin). C’est là également qu’aura lieu la Table Ronde et la Tribune (le vendredi 30 octobre à partir de 14h) et le dîner (le samedi soir 31 octobre).

Traversant la place, vous arriverez à un carrefour où vous trouverez en face de vous une rue marchande piétonnière, la rue du Sauvage. Elle fut débaptisée, comme toutes les rues au nom français, par les Allemands entrés dans la ville pour l’annexer en 1940 et, comme c’était la rue principale, il la nommèrent du nom du Führer : Adolf Hitler Strasse. Ce qui fit bien rire les Mulhousiens qui se demandaient depuis longtemps "qui était ce sauvage..."

Vous suivez cette rue, complètement dépourvue d’intérêt architectural, jusqu’à une placette, ornée d’une fontaine, sur laquelle débouche, à gauche, la courte rue Mercière qui vous amène directement sur l’ancien Hôtel de Ville et la place de la Réunion. Quelle réunion, demandez-vous ? Mais justement, on ne parle que d‘elle : celle d’il y a deux cents ans.

Quand la ville de Mulhouse décida d’abandonner son statut de petite république autonome, liée aux villes suisses, pour devenir française, comme l’était déjà, depuis cent cinquante ans, le reste de l’Alsace, la cérémonie se passa sur cette place, devant l’Hôtel de ville.

L'ancien hôtel de ville de Mulhouse qui abrite le Musée Historique

Celui-ci demande une longue station car il est presque le bâtiment le plus ancien de la ville. Il date de 1553, est de style Renaissance à double escalier, entièrement peint. Il abrite la salle antique du Conseil, autour de laquelle vous verrez les blasons des maires de la ville (dont José, Jacques, Émile, Joseph et André K). Il abrite aussi le Musée Historique dont l’étage du haut est consacré aux "familles qui ont fait la ville". Des portraits K. vous interpellent, tandis que s’étalent, dans les vitrines, des objets et des vêtements K.

Après cette leçon d’histoire, vous traverserez la place devant vous et, à votre gauche, vous saluerez la vielle maison Mieg, avec sa tourelle, demeure d’une famille souvent alliée à la nôtre. Puis vous croiserez la rue piétonnière dite rue Henriette. Ladite Henriette fut la première petite mulhousienne née après la Réunion, le 15 mars 1798, et elle épousa un des fils du vieux Jean (47), Édouard K. Au bout de la place, face à vous, s’ouvre la rue des Maréchaux où débouche la rue des Franciscains.

Cette rue va vous mener à la Cour des Chaînes, autre lieu de mémoire. Sur la façade d’une des maisons anciennes donnant sur la placette vous aurez la surprise de découvrir, aux fenêtres peintes en trompe-l’œil, des personnages familiers : Samuel K. dans son habit de velours rouge et sa perruque poudrée. Il est représenté avec ses acolytes de 1746, fondateurs avec lui de la première entreprise de toiles peintes : Jean-Henri Dollfus et J. Schmalzer. Tous trois déploient justement, peint sur la fresque, un tissu d’indienne.

A d’autres fenêtres se profilent encore Nicolas et André. Sur cette même place, appelé Kettenhof (c’est à dire Cour des Chaînes), on trouve un ancien immeuble qui, demeure bourgeoise en 1761, fut transformé en une manufacture de toiles peintes puis redevint maison d’habitation bourgeoise au 19e siècle. Aujourd’hui, bien restaurée, c’est le siège des Services Culturels de la ville.

De la splendeur des maisons bourgeoises K. du 19es., restent encore deux maisons, sises sur la colline qu’on appelle ordinairement le Rebberg, c’est à dire le Vignoble. L’une est celle d’André K. au Hasenrain, mais c’est maintenant un des bâtiments de l’hôpital, donc pas vraiment un but touristique.

L’autre est celle d’Alfred Koechlin-Schwartz et se dissimule dans un grand parc. Elle n’est pas davantage un but touristique puisqu’elle abrite depuis longtemps une pouponnière. Ainsi, ces deux demeures construites pour être des domiciles privés, de deux magnats de l’industrie, par suite de circonstances historiques (André K. quitta l’Alsace après l’annexion de 1870 et mourut à Paris en 1875 et Alfred K-S. dut aussi émigrer, après 1870, sans avoir profité de sa maison neuve) furent vouées à l’action sociale.
L'Ermitage d'Alfred Koechlin-SchwartzL’Ermitage, situé dans un parc de trois hectares, est une des plus imposantes propriétés du Rebburg. Edifiée en 1868 par Alfred Koechlin-Schwartz, la propriété change rapidement de main en raison de l’expulsion de son propriétaire par les Allemands en 1871. Elle accueille par la suite l’Ecole de plein air en 1906, puis la Pouponnière en 1922.

La prorpiété d'André Koechlin au Hasenrain
La propriété André Koechlin au Hasenrain, un des soixante-dix cantons de l'ancienne république de Mulhouse. Elle remplace une ancienne maison de campagne construite par son père. André Koechlin y habite avec sa famille jusqu'à la guerre de 1870 puis il quitte Mulhouse pour Paris. La villa avec le parc de plus de douze hectares passe à son petit-fils le comte René de Maupeou qui la cède en 1888 à des généreux Mulhousiens pour la somme de 200 000 marks réunis par souscription. Ceux-ci la léguèrent à la Ville à condition qu'on y transfère l'ancien hôpital civil du quai du Fossé, l'actuelle mairie.

Il reste encore deux suggestions pour compléter le parcours Koechlin:

bulletLe Musée du Chemin de Fer ; bien sûr, un peu hors la ville, sur l’avenue de Colmar, où un K. – bien informé sur l’action d’André et de Nicolas grâce au BK – ne peut que se sentir à l’aise et compléter son instruction.
bulletEt l’inévitable visite au cimetière protestant (rue Lefèvre, bus nº 12, direction Cité Wagner) où reposent tant de K. Pour ne pas se perdre dans ces tranquilles allées, Jean-Pierre Ehrmann s’offre à organiser des visites guidées. Il faudrait le contacter directement au 44 rue du Jardin Zoologique, 68100 Mulhouse, tél.: 03 89 44 29 19. De toute façon, il organise un chantier de travail au cimetière les 30 et 31 octobre.

Des maisons que vous ne verrez plus...

L'ancienne maison de Jacques Koechlin

Le Mont des Roses

La Poste centrale est installée, entre 1871 à 1895 au nº 2 du faubourg de Colmar dans l’ancienne maison de Jacques Koechlin. On y transfère le télégraphe en 1882 et, plus tard, le téléphone.

Le Mont des Roses, situé boulevard du Chemin-de-Fer (l’actuel boulevard Wallach) a été construit entre 1867 et 1871 pour la famille Koechlin. Comme beaucoup d’autres grandes villas de ce type, elle a été rasée pour faire place à deux immeubles collectifs.

 

Les illustrations et certaines citations sont tirées du beau livre, illustré de remarquables photos, d’Eugène Riedweg "Mulhouse : images d’une ville singulière" aux éditions L’Alsace – Éditions du Rhin. 1997.

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Dernière modification de cette page : 23/11/2008