A l’arrivée en gare de Mulhouse, ayez une pensée
émue pour Nicolas et André Koechlin. Bien entendu, la gare actuelle,
refaite en 1932, n’est plus celle des premiers trains, ceux qu’ils
firent rouler en 1839-40, Nicolas finançant les rails et les
équipements et André fabriquant les motrices. Relisez, pour cette
épopée pionnière, les numéros 20 (André) et 24 et 25 (Nicolas) du
BK.
A Mulhouse, en effet, tout le monde sait que la
première ligne internationale européenne fut le fait d’un
Mulhousien, Nicolas K., petit-fils de l’un des fondateurs de la
première manufacture d’impression sur étoffes,
"industriel-négociant calviniste" ainsi que le rappelle
Edouard Boeglin, journaliste à " L’Alsace ",
dans son guide de Mulhouse.
Tout près de la gare vous pourrez faire deux
stations K.:
La deuxième gare de Mulhouse, inaugurée lors de la
construction de la ligne Strasbourg-Bâle en 1841, va rapidement être
dépassée par le volume du trafic qui est multiplié par dix entre 1863
et 1899. Malgré de nombreuses réclamations, il faudra attendre 1932
pour que Mulhouse dispose enfin d’une gare digne d’une grande ville.
Le Musée d’Impression sur Étoffes: sortant de la
gare, allez à droite vers le pont et, là, tournez à gauche. Vous
verrez le bâtiment du Musée aussitôt à gauche. Vous y trouverez des
échantillons de l’industrie des indiennes, ces fines étoffes – de
coton ou de laine – tissées et imprimées à Mulhouse dès le milieu
du 18e siècle. Vous y apprendrez leur histoire et les
techniques afférentes, parfois même en démonstration. Vous y lirez
souvent le nom des Koechlin, techniciens, dessinateurs, coloristes,
chimistes ou capitaines d’industrie.
Et, à la boutique, on vous proposera des châles, des foulards, des
sacs, des posters, reproduisant des modèles anciens.
Sortant de là, vous allez trouver, à gauche, la rue
Joffre qui vous mènera à la place de la Bourse, un jardin en triangle
entouré d’arcades sur lesquelles règne, rose et blanc, l’immeuble de
la Société Industrielle, construit par Nicolas K. et offert par lui à
la S.I.M. pour y abriter ses activités, à partir de 1826.
La façade rose et blanche de la S.I.M.
Cette Société Industrielle avait pour but de faire
progresser toutes les techniques de l’industrie du Haut-Rhin. Il s’agissait
essentiellement de mettre à la disposition des fabricants une documentation
scientifique, aussi étendue que complète, d’encourager l’esprit d’entreprise
et de proposer aux pouvoirs publics la réalisation de projets d’utilité
générale.
L’idée en revient à Nicolas K. qui met ainsi en pratique
les concepts élaborés dans la loge maçonnique mulhousienne du Grand Orient de
France : "La Parfaite Harmonie". (Cf. l’article sur la S.I.M.)
C’est là que vous pourrez visiter l’exposition temporaire
D.M.K.(Dollfus Mieg Koechlin). C’est là également qu’aura
lieu la Table Ronde et la Tribune (le vendredi 30 octobre à partir de
14h) et le dîner (le samedi soir 31 octobre).
Traversant la place, vous arriverez à un carrefour où vous
trouverez en face de vous une rue marchande piétonnière, la rue du Sauvage.
Elle fut débaptisée, comme toutes les rues au nom français, par les Allemands
entrés dans la ville pour l’annexer en 1940 et, comme c’était la rue
principale, il la nommèrent du nom du Führer : Adolf Hitler Strasse. Ce qui
fit bien rire les Mulhousiens qui se demandaient depuis longtemps "qui
était ce sauvage..."
Vous suivez cette rue, complètement dépourvue d’intérêt
architectural, jusqu’à une placette, ornée d’une fontaine, sur
laquelle débouche, à gauche, la courte rue Mercière qui vous amène
directement sur l’ancien Hôtel de Ville et la place de la Réunion.
Quelle réunion, demandez-vous ? Mais justement, on ne parle que d‘elle :
celle d’il y a deux cents ans.
Quand la ville de Mulhouse décida d’abandonner son
statut de petite république autonome, liée aux villes suisses, pour
devenir française, comme l’était déjà, depuis cent cinquante ans, le
reste de l’Alsace, la cérémonie se passa sur cette place, devant l’Hôtel
de ville.
Celui-ci demande une longue station car il est presque le
bâtiment le plus ancien de la ville. Il date de 1553, est de style Renaissance
à double escalier, entièrement peint. Il abrite la salle antique du Conseil,
autour de laquelle vous verrez les blasons des maires de la ville (dont José,
Jacques, Émile, Joseph et André K). Il abrite aussi le Musée Historique
dont l’étage du haut est consacré aux "familles qui ont fait la
ville". Des portraits K. vous interpellent, tandis que s’étalent, dans
les vitrines, des objets et des vêtements K.
Après cette leçon d’histoire, vous traverserez la place
devant vous et, à votre gauche, vous saluerez la vielle maison Mieg, avec sa
tourelle, demeure d’une famille souvent alliée à la nôtre. Puis vous
croiserez la rue piétonnière dite rue Henriette. Ladite Henriette fut la
première petite mulhousienne née après la Réunion, le 15 mars 1798, et elle
épousa un des fils du vieux Jean (47), Édouard K. Au bout de la place, face à
vous, s’ouvre la rue des Maréchaux où débouche la rue des Franciscains.
Cette rue va vous mener à la Cour des Chaînes, autre lieu
de mémoire. Sur la façade d’une des maisons anciennes donnant sur la
placette vous aurez la surprise de découvrir, aux fenêtres peintes en trompe-l’œil,
des personnages familiers : Samuel K. dans son habit de velours rouge et sa
perruque poudrée. Il est représenté avec ses acolytes de 1746, fondateurs
avec lui de la première entreprise de toiles peintes : Jean-Henri Dollfus
et J. Schmalzer. Tous trois déploient justement, peint sur la fresque, un tissu
d’indienne.
A d’autres fenêtres se profilent encore Nicolas et
André. Sur cette même place, appelé Kettenhof (c’est à dire Cour des
Chaînes), on trouve un ancien immeuble qui, demeure bourgeoise en 1761,
fut transformé en une manufacture de toiles peintes puis redevint maison
d’habitation bourgeoise au 19e siècle. Aujourd’hui, bien
restaurée, c’est le siège des Services Culturels de la ville.
De la splendeur des maisons bourgeoises K. du 19es.,
restent encore deux maisons, sises sur la colline qu’on appelle
ordinairement le Rebberg, c’est à dire le Vignoble. L’une est celle d’André
K. au Hasenrain, mais c’est maintenant un des bâtiments de l’hôpital,
donc pas vraiment un but touristique.
L’autre est celle d’Alfred Koechlin-Schwartz et se
dissimule dans un grand parc. Elle n’est pas davantage un but
touristique puisqu’elle abrite depuis longtemps une pouponnière. Ainsi,
ces deux demeures construites pour être des domiciles privés, de deux
magnats de l’industrie, par suite de circonstances historiques (André
K. quitta l’Alsace après l’annexion de 1870 et mourut à Paris en
1875 et Alfred K-S. dut aussi émigrer, après 1870, sans avoir profité
de sa maison neuve) furent vouées à l’action sociale.
L’Ermitage, situé dans un parc de trois
hectares, est une des plus imposantes propriétés du Rebburg. Edifiée en
1868 par Alfred Koechlin-Schwartz, la propriété change rapidement de
main en raison de l’expulsion de son propriétaire par les Allemands en
1871. Elle accueille par la suite l’Ecole de plein air en 1906, puis la
Pouponnière en 1922.
La propriété André Koechlin au Hasenrain, un des
soixante-dix cantons de l'ancienne république de Mulhouse. Elle remplace
une ancienne maison de campagne construite par son père. André Koechlin
y habite avec sa famille jusqu'à la guerre de 1870 puis il quitte
Mulhouse pour Paris. La villa avec le parc de plus de douze hectares passe
à son petit-fils le comte René de Maupeou qui la cède en 1888 à des
généreux Mulhousiens pour la somme de 200 000 marks réunis par
souscription. Ceux-ci la léguèrent à la Ville à condition qu'on y
transfère l'ancien hôpital civil du quai du Fossé, l'actuelle mairie.
Il reste encore deux suggestions pour compléter le parcours
Koechlin:
Le Musée du Chemin de Fer ; bien sûr, un peu hors la ville,
sur l’avenue de Colmar, où un K. – bien informé sur l’action d’André
et de Nicolas grâce au BK – ne peut que se sentir à l’aise et
compléter son instruction.
Et l’inévitable visite au cimetière protestant (rue Lefèvre,
bus nº 12, direction Cité Wagner) où reposent tant de K. Pour ne pas se
perdre dans ces tranquilles allées, Jean-Pierre Ehrmann s’offre à
organiser des visites guidées. Il faudrait le contacter directement au 44
rue du Jardin Zoologique, 68100 Mulhouse, tél.: 03 89 44 29 19. De toute
façon, il organise un chantier de travail au cimetière les 30 et 31
octobre.
Des maisons que vous ne verrez plus...
La Poste centrale est installée, entre 1871 à 1895
au nº 2 du faubourg de Colmar dans l’ancienne maison de Jacques
Koechlin. On y transfère le télégraphe en 1882 et, plus tard, le
téléphone.
Le Mont des Roses, situé boulevard du Chemin-de-Fer
(l’actuel boulevard Wallach) a été construit entre 1867 et 1871 pour
la famille Koechlin. Comme beaucoup d’autres grandes villas de ce
type, elle a été rasée pour faire place à deux immeubles collectifs.
Les illustrations et certaines citations sont tirées
du beau livre, illustré de remarquables photos, d’Eugène Riedweg "Mulhouse
: images d’une ville singulière" aux éditions L’Alsace –
Éditions du Rhin. 1997.