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BK no 40 - juin 1998

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Mulhouse et la Réforme

Une autre page d'histoire de la ville de Mulhouse

Les festivités marquant le bicentenaire du rattachement de Mulhouse à la France ne devraient pas occulter une autre date pourtant bien significative pour notre ville et donc aussi pour notre famille.

Sait-on que c’est en l’an 1523, exactement le 29 juillet, que notre petite cité médiévale, alliée des cantons suisses, est officiellement passée à la réforme ? Ce rattachement-là, antérieur d’environ cinquante ans à l’établissement du premier Koechlin à Mulhouse, nous paraît avoir ensuite fortement marqué le caractère de ses habitants.

Mulhouse en 1548 d'après J.Stumpf, Chronik der Eidgenossenschaft
Mulhouse en 1548
d'après J.Stumpf, Chronik der Eidgenossenschaft

Que nos cousins non protestants nous permettent donc d’évoquer un passé qui a certainement forgé la foi et la moralité de ces hommes et de ces femmes dont nous nous honorons de descendre tous. Nous le rappelons d’autant plus volontiers qu’à la différence de villes toutes proches (Ensisheim par exemple), ce passage de Mulhouse à la Réforme n’a donné lieu, malgré beaucoup de péripéties, à aucune effusion de sang. Le BK n° 13, sous la plume de Pierre Koechlin, son initiateur, nous en a déjà fait, en décembre 1984, un résumé fort intéressant.

L’historien Philippe Mieg, lui aussi mulhousien de vieille souche, rapporte l’événement dans un ouvrage rarissime découvert d’occasion chez Gangloff1 et qui s’intitule "La réforme à Mulhouse". Nous y faisons de larges emprunts.

C’est vers la fin de 1522 que Nicolas Prugner, prieur des Augustins à Mulhouse, entreprend le premier d’annoncer publiquement l’évangile du haut de la chaire de son couvent. A l’exemple de Luther, moine Augustin lui aussi, il débute par une série de prédications consacrées à la lettre de Paul aux Romains. On a dit que cette épître avait ‘fait la Réforme’, établissant le salut de l’homme pécheur non par des oeuvres que celui-ci pourrait accomplir pour se racheter, mais par la seule grâce de Dieu et la foi personnelle dans l’œuvre de Jésus Christ, parfaite et suffisante.

Nicolas Prugner, prieur des Augustins à MulhouseCes prédications, très mal perçues par les supérieurs hiérarchiques de Prugner, entraînent début juillet 1523 sa destitution. Mais aussitôt les bourgmestres, responsables du choix des prédicateurs de l’Église paroissiale, l’invitent à y prêcher le pur évangile, en lui attribuant ce qu’on appelle une prébende pour sa subsistance.

Cette mesure est la première manifestation officielle de la faveur que les magistrats municipaux portent aux "idées nouvelles". Elle est suivie, presque immédiatement, de la publication d’un édit sur la prédication de la parole divine, très voisin de celui que les Bâlois avaient eux-mêmes promulgué quelques semaines plus tôt. Voici, traduit de l’allemand l’essentiel de cet important document :

" Nous, bourgmestre et Conseil de la Ville de Mulhouse, faisons savoir à tous et à chacun, tant ecclésiastiques que laïcs, bourgeois et habitants de cette ville, quelle que soit leur dignité et leur état, que le chrétien est lié à la Parole de Dieu, qu’il ne doit attendre son salut que de cette Parole et qu’il est tenu de conformer sa vie à la doctrine qui y est renfermée. Comme, depuis un certain temps, la lumière de la Parole divine et du Saint-Évangile brille avec plus de clarté, et que la vérité évangélique nous a été révélée avec plus de force et de netteté, nous devons rendre grâce de tout notre cœur à notre Sauveur Jésus Christ par lequel cette grâce nous a été donnée.

Cependant, nous avons remarqué que certaines personnes, ecclésiastiques et laïcs, non seulement accueillent sans gratitude et avec hostilité cette révélation et ces prédications, mais, ce qui fait frémir, qu’elles entravent, gênent, molestent et injurient ceux qui annoncent la parole de Dieu. C’est pourquoi, comme nous nous sentons tenus, en tant que chrétiens, à observer la parole de Dieu et à sauvegarder, autant que faire se peut, l’unité chrétienne, afin que l’amour et la concorde fleurissent parmi nous, nous avons, après mûre délibération, décidé unanimement et voulons que nos prêtres et clercs, qu’ils soient dans des presbytères, couvents ou chapelles, n’enseignent et n’annoncent que le saint Évangile et la doctrine du Christ, ou tout ce qui est contenu dans l’ancien et le nouveau Testament, et qu’ils s’écartent et se détournent des enseignements et des discussions qui ne sont pas conformes à la Sainte Écriture, qu’ils n’outragent personne à propos de la vraie doctrine chrétienne, mais qu’ils prêchent de telle manière que Dieu soit loué, que le peuple soit amélioré, la charité et la concorde chrétiennes raffermies et qu’ainsi les fruits de la Parole divine croissent plus richement et dans toute leur diversité.

Que chacun se conforme à ces prescriptions.

Fait et donné sous notre sceau le mercredi après le jour de la Saint-Jacques de l’an 1523. "

Dès lors, en l’espace de quinze ans, les conditions de la vie morale et spirituelle des Mulhousiens subissent une transformation radicale. Pour obtenir ce résultat sans précédent, les Bourgmestres ne craignent pas de se charger de toutes les responsabilités, et c’est eux désormais qui statuent non seulement en matière temporelle, mais également religieuse.

Après bien des luttes et des difficultés, le protestantisme évangélique finit par s’implanter vigoureusement à Mulhouse, et contribue activement au progrès moral de la population. Les nouvelles institutions et les réformes mises sur pied commencent à produire leurs effets salutaires. Des ordonnances très strictes répriment l’ivrognerie, les jurons, l’immoralité, la médisance... Elles sont assorties de sanctions sévères, telles que la prison, des amendes, ou la fameuse promenade à travers la ville, avec, pendue au cou, la Klaperstein, la pierre des bavardes, toujours visible sur un mur de l’Hôtel de ville.

Pendant de longues années encore, les voisins de Bâle continueront à jouer leur rôle de frères aînés. Mais un moment viendra où, pour préserver ses institutions et la pureté de sa foi, la ville de Mulhouse se dégagera partiellement de leur tutelle.

Il apparaîtra bientôt que la Réforme a imprimé à Mulhouse (comme cela fut le cas à Genève à la même époque), un caractère presque puritain qu’elle conservera intégralement pendant près de trois siècles. Sa population, mélange de Suisses, d’Alsaciens, de Huguenots et de Souabes protestants, se fondra en un tout homogène, qui fera preuve ensuite d’un dynamisme, d’une ardeur au travail et d’un sens social tout à fait exceptionnels.

C’est ainsi - toujours paraphrasant Philippe Mieg - que cette période cruciale de 1523 à 1540, a initié en grande partie l’essor prodigieux dont Mulhouse deviendra le témoin deux cents ans plus tard, et qui fera d’un petit bourg sans importance, la plus florissante cité de la Haute Alsace.

On serait curieux d’avoir des détails sur la vie quotidienne de nos Hartmann, Jean, Jérémie, Samuel, avec leurs épouses courageuses et leurs nombreux enfants. Avant de devenir négociants et industriels, ils furent pendant plusieurs générations, tonneliers, potiers d’étain, membres des différentes "tribus" d’artisans. En feuilletant la généalogie, de 1914, nous ne pouvons que les imaginer, ces Koechlin des temps anciens, perpétuant les valeurs chrétiennes qui ont fait la force et la dignité de notre famille. Ils ne l’ont pu qu’avec le secours de la grâce de Dieu, par conviction et non seulement par tradition.

Et cela responsabilise leurs descendants, ne trouvez-vous pas ?

(Jean Koechlin GA2331)

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Dernière modification de cette page : 23/11/2008