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BK no 38 - Juin 1997

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Les Koechlin d'aujourd'hui

Le Docteur Guy-Daniel Koechlin (GA23351*)...

...nous parle de son livre : «Passez devant, Docteur» (voir BK No 37)

Guy-Daniel KoechlinBK : Après huit années où vous avez choisi d’être le remplaçant de médecins généralistes dans votre région de Drôme-Ardèche, vous avez raconté vos aventures dans un livre sorti à l’automne 96. D’abord, comment pouvons-nous comprendre votre choix de rester volontairement dans une situation intermittente et provisoire ? Goût du changement ? Curiosité pour des situations diverses ? Refus de l’installation ? Enfin, surtout besoin de liberté ?

GDK : Je travaille volontairement à mi-temps. Plusieurs raisons ont guidé mon choix. Tout d’abord, j’ai mis en priorité ma vie de famille : je veux pouvoir vivre réellement avec mon épouse et voir grandir mes enfants. Or, je sais qu’il est très difficile pour un médecin installé de ne pas se faire déborder par son travail. Mais vous avez raison de parler de goût de changement. Pas tant le fait de changer de lieu d’exercice, que le fait de pouvoir faire d’autres choses que j’aime pendant les semaines où je ne remplace pas. Cela revient à avoir plusieurs métiers. Enfin, je crois que la liberté est également un facteur important de mon choix. Liberté d’avoir d’autres activités sans avoir l’esprit constamment occupé par les malades difficiles que j’ai soignés puisqu’ils ont été repris en charge par leur propre médecin.

BK : Votre livre, bien qu’écrit à la première personne, n’est pas une confession. Il ne philosophe pas. Il ne prêche pas. C’est une série d’anecdotes, de sketches, écrits avec un grand bonheur et beaucoup d’humour. Cette forme, qui semble si naturelle, l’avez-vous longtemps cherchée, et adoptée, en pensant surtout à vos lecteurs, vos malades, vos confrères, votre rôle de médecin ?

GDK : J’avoue volontiers avoir écrit ce livre d’abord pour moi. Je me suis beaucoup amusé à raconter les anecdotes cocasses. Et, en ce qui concerne les situations irritantes, le fait de les écrire m’a servi de défoulement pour dépasser l’impact psychologique négatif qu’elles avaient eu sur moi. Quant au style, je ne l’ai pas vraiment cherché. Je crois que j’avais déjà des facilités d’écriture dès le collège où j’avais souvent de bonnes notes en rédaction… !!

BK : Maintenant que votre livre est paru, que vous avez eu un certain nombre de critiques dans les journaux et de réactions individuelles, avez-vous le sentiment d’avoir été apprécié ? Compris ?

GDK : Une dizaine d’articles concernant mon livre ont paru dans différents journaux régionaux et même nationaux. J’ai également été interviewé par trois radios locales et j’ai été l’invité de l’émission de télévision “ Ainsi va la vie ” le 6 Mars dernier sur France 3. Et j’ai effectivement le sentiment d’avoir été apprécié puisque les commentaires sont presque tous enthousiastes. On parle d’un livre qui se “dévore” et j’ai l’impression que ceux qui l’ont lu ont passé un bon moment de joyeuse détente. Cela se traduit, d’ailleurs, dans les ventes puisque nous avons presque épuisé la première édition de 1 500 exemplaires. J’ai également reçu des lettres de lecteurs me disant qu’ils n’auraient jamais imaginé les difficultés que pouvait rencontrer un médecin.

BK : Ces regards de lecteurs sur votre œuvre vous ont-ils appris quelque chose ?

GDK : Oui, ils m’ont fait découvrir que j’avais, sans doute, des dons littéraires non suffisamment exploités jusqu’à présent. Plusieurs personnes m’ayant connu adolescent m’ont d’ailleurs dit qu’ils pensaient alors que je ferais une carrière littéraire plutôt que scientifique. Ceci dit, je crois que je suis un peu éclectique et je garde une grande passion pour tout ce qui est du domaine scientifique et technique.

BK : Parmi les Koechlin, tous n’ont pas été des hommes d’affaires. Il y a eu - il y a encore - beaucoup de médecins. Avez-vous eu le sentiment, choisissant cette voie, de retrouver des pulsions ancestrales ? Par exemple la curiosité scientifique qui anime les ingénieurs : comment ça marche (un moteur, un cœur ou un poumon !) ? Encore, le besoin de guérir les dysfonctionnements ? Le service des autres ? Le sens des responsabilités qui mène à passer devant, pour monter en ligne ?

GDK : Beaucoup de mes ancêtres ont été des inventeurs, des pionniers, bref, des gens ayant des idées novatrices. En ce sens je sens en moi les pulsions ancestrales dont vous parlez. Chez moi, les idées novatrices se sont traduites, adolescent, par le désir d’être astronaute. Je pensais, à l’époque, que passé le temps héroïque des pilotes, l’astronautique aurait besoin de scientifiques et, en particulier, de médecins. C’est donc là l’origine de ma vocation. Ai-je besoin de dire que mes raisons actuelles ne sont plus celles-là, même si, en 1985, j’ai tenté ma chance en étant l’un des 700 candidats spationautes, dans la même promotion que Claudie André-Deshaie.

Mais mes raisons actuelles de faire de la médecine sont plus proches du service des autres et du besoin de guérir les dysfonctionnements, en particulier dans le domaine psychologique qui est cette partie de l'être humain si mystérieuse mais que je me passionne à déchiffrer. Cette notion rejoint, d’ailleurs, mon engagement chrétien qui se veut une ouverture à mon prochain avec une aide non seulement physique, mais également psychologique et spirituelle.

BK : Y a-t-il des choses qui vous sont restées sur le cœur et que vous aimeriez dire maintenant concernant votre livre et votre métier de médecin que, malgré toutes les embûches, vous aimez passionnément puisque, timidement, à la dernière page, vous l’appelez “sacerdoce” ?

Couverture du livre de G-Daniel K. "Passez-devant, Docteur"GDK : Je crois avoir dit tout ce que j’avais sur le cœur. Beaucoup me demandent s’il y aura une suite à ce livre, un tome 2. Sans l’exclure tout à fait, je n’en ai pas vraiment le désir. Ce livre m’a apporté une grande satisfaction dans sa rédaction et dans sa diffusion et cela me suffit. Par contre, j’ai maintenant envie d’écrire des romans mais les publierais-je ?

Mon nouveau “métier” d’écrivain a eu une conséquence inattendue sur ma fille Rébecca, 13 ans, qui s’est elle-même mise à écrire. Bien que ses trois romans pour enfants ne soient actuellement pas publiés, les critiques de ses professeurs de collège et de professionnels de l’édition sont très encourageantes et on espère que cela débouchera sur quelque chose de concret dans les prochains mois… Vous aurez peut-être alors l’occasion de l’interviewer, elle aussi…

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Dernière modification de cette page : 22/05/2007