...nous parle de son livre : «Passez devant, Docteur» (voir BK No 37)
BK : Après huit années où vous
avez choisi d’être le remplaçant de médecins généralistes dans votre
région de Drôme-Ardèche, vous avez raconté vos aventures dans un livre sorti
à l’automne 96. D’abord, comment pouvons-nous comprendre votre choix
de rester volontairement dans une situation intermittente et provisoire ?
Goût du changement ? Curiosité pour des situations diverses ? Refus
de l’installation ? Enfin, surtout besoin de liberté ?
GDK : Je travaille volontairement à mi-temps. Plusieurs
raisons ont guidé mon choix. Tout d’abord, j’ai mis en priorité ma vie de
famille : je veux pouvoir vivre réellement avec mon épouse et voir
grandir mes enfants. Or, je sais qu’il est très difficile pour un médecin
installé de ne pas se faire déborder par son travail. Mais vous avez raison de
parler de goût de changement. Pas tant le fait de changer de lieu d’exercice,
que le fait de pouvoir faire d’autres choses que j’aime pendant les semaines
où je ne remplace pas. Cela revient à avoir plusieurs métiers. Enfin, je
crois que la liberté est également un facteur important de mon choix. Liberté
d’avoir d’autres activités sans avoir l’esprit constamment occupé par
les malades difficiles que j’ai soignés puisqu’ils ont été repris en
charge par leur propre médecin.
BK : Votre livre, bien qu’écrit à la première
personne, n’est pas une confession. Il ne philosophe pas. Il ne prêche pas. C’est
une série d’anecdotes, de sketches, écrits avec un grand bonheur et beaucoup
d’humour. Cette forme, qui semble si naturelle, l’avez-vous longtemps
cherchée, et adoptée, en pensant surtout à vos lecteurs, vos malades, vos
confrères, votre rôle de médecin ?
GDK : J’avoue volontiers avoir écrit ce livre d’abord
pour moi. Je me suis beaucoup amusé à raconter les anecdotes cocasses. Et, en
ce qui concerne les situations irritantes, le fait de les écrire m’a servi de
défoulement pour dépasser l’impact psychologique négatif qu’elles avaient
eu sur moi. Quant au style, je ne l’ai pas vraiment cherché. Je crois que j’avais
déjà des facilités d’écriture dès le collège où j’avais souvent de
bonnes notes en rédaction… !!
BK : Maintenant que votre livre est paru, que vous avez
eu un certain nombre de critiques dans les journaux et de réactions
individuelles, avez-vous le sentiment d’avoir été apprécié ?
Compris ?
GDK : Une dizaine d’articles concernant mon livre ont
paru dans différents journaux régionaux et même nationaux. J’ai également
été interviewé par trois radios locales et j’ai été l’invité de l’émission
de télévision “ Ainsi va la vie ” le 6 Mars dernier sur
France 3. Et j’ai effectivement le sentiment d’avoir été apprécié
puisque les commentaires sont presque tous enthousiastes. On parle d’un livre
qui se “dévore” et j’ai l’impression que ceux qui l’ont lu ont passé
un bon moment de joyeuse détente. Cela se traduit, d’ailleurs, dans les
ventes puisque nous avons presque épuisé la première édition de 1 500
exemplaires. J’ai également reçu des lettres de lecteurs me disant qu’ils
n’auraient jamais imaginé les difficultés que pouvait rencontrer un
médecin.
BK : Ces regards de lecteurs sur votre œuvre vous
ont-ils appris quelque chose ?
GDK : Oui, ils m’ont fait découvrir que j’avais,
sans doute, des dons littéraires non suffisamment exploités jusqu’à
présent. Plusieurs personnes m’ayant connu adolescent m’ont d’ailleurs
dit qu’ils pensaient alors que je ferais une carrière littéraire plutôt que
scientifique. Ceci dit, je crois que je suis un peu éclectique et je garde une
grande passion pour tout ce qui est du domaine scientifique et technique.
BK : Parmi les Koechlin, tous n’ont pas été des
hommes d’affaires. Il y a eu - il y a encore - beaucoup de médecins.
Avez-vous eu le sentiment, choisissant cette voie, de retrouver des pulsions
ancestrales ? Par exemple la curiosité scientifique qui anime les
ingénieurs : comment ça marche (un moteur, un cœur ou un poumon !) ?
Encore, le besoin de guérir les dysfonctionnements ? Le service des
autres ? Le sens des responsabilités qui mène à passer devant, pour
monter en ligne ?
GDK : Beaucoup de mes ancêtres ont été des
inventeurs, des pionniers, bref, des gens ayant des idées novatrices. En ce
sens je sens en moi les pulsions ancestrales dont vous parlez. Chez moi, les
idées novatrices se sont traduites, adolescent, par le désir d’être
astronaute. Je pensais, à l’époque, que passé le temps héroïque des
pilotes, l’astronautique aurait besoin de scientifiques et, en particulier, de
médecins. C’est donc là l’origine de ma vocation. Ai-je besoin de dire que
mes raisons actuelles ne sont plus celles-là, même si, en 1985, j’ai tenté
ma chance en étant l’un des 700 candidats spationautes, dans la même
promotion que Claudie André-Deshaie.
Mais mes raisons actuelles de faire de la médecine sont plus
proches du service des autres et du besoin de guérir les dysfonctionnements, en
particulier dans le domaine psychologique qui est cette partie de l'être humain
si mystérieuse mais que je me passionne à déchiffrer. Cette notion rejoint, d’ailleurs,
mon engagement chrétien qui se veut une ouverture à mon prochain avec une aide
non seulement physique, mais également psychologique et spirituelle.
BK : Y a-t-il des choses qui vous sont restées sur le cœur
et que vous aimeriez dire maintenant concernant votre livre et votre métier de
médecin que, malgré toutes les embûches, vous aimez passionnément puisque,
timidement, à la dernière page, vous l’appelez “sacerdoce” ?
GDK : Je crois avoir dit tout ce que j’avais sur le cœur.
Beaucoup me demandent s’il y aura une suite à ce livre, un tome 2. Sans
l’exclure tout à fait, je n’en ai pas vraiment le désir. Ce livre m’a
apporté une grande satisfaction dans sa rédaction et dans sa diffusion et cela
me suffit. Par contre, j’ai maintenant envie d’écrire des romans mais les
publierais-je ?
Mon nouveau “métier” d’écrivain a eu une conséquence
inattendue sur ma fille Rébecca, 13 ans, qui s’est elle-même mise à
écrire. Bien que ses trois romans pour enfants ne soient actuellement pas
publiés, les critiques de ses professeurs de collège et de professionnels de l’édition
sont très encourageantes et on espère que cela débouchera sur quelque chose
de concret dans les prochains mois… Vous aurez peut-être alors l’occasion
de l’interviewer, elle aussi…