|
L’interview de
Philippe K. menée, en 1979, par Dorothée K. (BK No 2), nous a permis de
rencontrer un homme à l’autorité reconnue comme journaliste spécialisé dans la
critique du Jazz et du Rock, déjà il y a vingt ans. Aujourd’hui, pour le garder
vivant, alors qu’il vient de nous quitter (le 10 Décembre 1996), nous avons
souhaité que ce soit encore lui qui parle. Et nous avons retenu, dans des
articles parus avant ou depuis sa mort, et dans des entretiens donnés par lui à
la radio, un certain nombre de choses importantes qu’il disait sur lui-même, sur
sa passion de la musique et sur l’aventure d’une vie vécue à son service.
Sur l'origine du journal auquel son nom est lié "Rock et
Folk"
 |
“Salut les copains” eut pourtant sa raison d’être. Mais il ne s’agit pas de
propulser une star avant qu’une certaine maturité ne soit apparue dans sa
musique ; l’important c’est que le musicien trouve une unité sonore bien à lui,
bien discernable. C’est ce qu’ont fait les Beatles, Bob Dylan, Jimmy Henricks,
... les vrais papes des sixties. - BK no 2 - juin 1979. |
 |
On s’est dit : Voilà, on va faire un journal qui va parler
de toutes ces nouvelles musiques noires : James Brown, Otis Redding, Wilson
Pickett, et puis, tant qu’à faire, il y a les Rolling Stones qui s’inspire
du style blues et puis - pourquoi pas - ce Bob Dylan qui commence à faire
parler de lui… Polnareff posait sur la couverture du Nº 1, appuyé contre un
mur, ce qui, je crois, changeait un peu de Mireille Mathieu souriant sur la
couverture de “Salut les Copains”. - Le Monde - 13 décembre 1996 |
Sur le succès du journal
 |
Nous tirons à 150.000, avec 60 pages de publicité (en
1979). Par la suite le tirage a été jusqu’à 200.000. En 1990 il été descendu
à 45.000. Pour moi, c’est davantage du journalisme que de la musique. -
BK no 2 - juin 1979. |
 |
Peut-être par goût aurais-je voulu faire un journal plus
vaste, mais il fallait faire un journal spécialisé pour les jeunes, pour tous
ces fans de Boris Vian qui se sentaient orphelins. ... Et il fallait
accompagner la musique de ces années 60 où le Jazz a été détrôné par le Rock,
dans une écoute intellectualisée qui replace le Rock d’une façon positive dans
l’histoire de la musique. - Entretien rediffusé sur France Inter, avec
Serge Le Vaillant, le 16 décembre 1996. |
Sur son écoute personnelle : est-elle celle d'un journaliste
ou d'un musicologue ?
 |
Ai-je une écoute professionnelle ? De toute façon c’est pour moi un plaisir
grandissant d’écouter de la musique. Parler de la musique ne tue pas le plaisir
de l’écouter. Mais il est vrai que je cherche toujours à comprendre, plus
j’écoute, plus j’essaie de comprendre... Spontanément, je préfère le jazz, mais
sans sectarisme. Le jazz de ces vingt dernières années, malgré la perfection
technique, manque d’âme, de “feeling”. Il est loin des grands déferlements
d’antan. D’où mes portraits de grands jazzmen, tous morts, sur Canal Plus.
L’énergie qui s’en dégage est lumineuse, fraternelle, pleine d’humour. Sydney
Bechet, cela évoque toutes les surprise-parties des années 50... - Entretien
radio |
La musique d'aujourd'hui ? Existe-il une musique européenne ?
 |
La musique d’aujourd’hui, c’est celle qui a dépassé l’étiquette du Rock, celle
qui s’est fabriquée dans le “melting pot” du village planétaire. Il faut autre
chose que le Rock. Ce qui plaît : la musique inspirée par le Tiers-Monde, mais
revue et corrigée par les pays industrialisés. Par exemple le “reggae”, c’est le
calypso de la Jamaïque, revécu à l’heure industrielle : lancinant, hypnotique,
électrifié. Ce qui marche, c’est le “feeling”, le blues, le climat, ce que les
Noirs font si bien en général. - BK no 2 - juin 1979. |
Le reste du message de Philippe Koechlin nous le trouverons dans
son oeuvre écrite, dont nous vous donnons le détail. Il nous reste à le
remercier, lui que ceux qui l’ont connu disent si généreux, de nous avoir fait
partager son aventure et sa passion.
Témoignage de sa femme, Chantal
Quand j’ai rencontré Philippe, nous avions tous les deux
dix-sept ans et c’était à l’école. Les qualités qui m’ont, dès l’abord, frappée
chez lui c’est l’humour, très fin et jamais au détriment de quelqu’un, le sens
de la répartie, une bienveillance spontanée qui lui a toujours amené beaucoup
d’amis. C’est déjà son côté “chef de bande” qui lui a permis de fonder et de
diriger, plus tard, un journal de jeunes, comme
Rock & Folk.
Une culture originale : musicale, historique, littéraire.
Musicale par son père, Robert, qui aimait le jazz, et sa mère, une pianiste
classique. Dans sa famille on lisait, on dessinait, on pratiquait la musique.
Les quatre frères étaient unis aussi par leurs goûts artistiques et leurs dons.
A lui j’ai connu une grande délicatesse de sentiments, une
grande fidélité, un grand amour de la nature et des animaux. Une grande
puissance de travail avec une bonne organisation qui lui permettait de conduire
à bien beaucoup de choses. Quand, ces dernières années, il a passé plus de deux
mois en chambre stérile, je lui avais apporté sa machine à écrire et il a
travaillé, bien que très malade, admiré de ceux qui le soignaient. Courageux,
équilibré.
Il m’a fait participer à toutes ses passions, pour mon bonheur
et l’intérêt de toute ma vie à ses côtés. Il m’a donné accès à sa culture et
j’ai pu, grâce à sa générosité, à son désir de partager, le suivre aussi dans sa
vie professionnelle.
Mon dernier mot, pour parler de lui, sera : rayonnement. Cela
était tellement visible dans la présence, même de tous ses amis et
collaborateurs, venus lui dire un dernier adieu, que le pasteur présidant le
service, le 16 Décembre 1996, qui ne le connaissait pas, s’en est déclaré
“subjugué”.
A la Nouvelle Orléans, hommage à "Monsieur Bechet" vu par
Philippe Koechlin
Pour fêter le centième anniversaire de la naissance du
saxophoniste à la Nouvelles Orléans, les organisateurs avaient invité Philippe à
présenter son film, un documentaire réalisé pour Canal Plus en 1994. Chantal et
Stéphane, son fils, sont allés le “représenter” là-bas en Mai 1997. Chantal nous
raconte ce que fut ce voyage, qui comportait, pour elle, beaucoup d’émotions.
Trois moments très différents, mais très intenses, l’ont marqué :
 | La présentation du film, suivi d’un débat où Chantal
et son fils rencontrèrent de jeunes étudiants d’une classe de
l’Université de la Nouvelle Orléans et leur professeur de cinéma et de
littérature. |
 |
La soirée au Théâtre du Vieux Carré où vint un public
nombreux et choisi. S’y côtoyaient : l’ambassadeur de France, des écrivains,
spécialistes de Bechet, des journalistes et les descendants de la famille
Bechet. Chantal put y introduire le film et rappeler les intentions et les
circonstances de sa création, puis recevoir, pour l’œuvre de Philippe, des
ovations longues et chaleureuses, en particulier celles des neveux de Bechet
qui, la plupart, découvraient leur oncle et réclamaient la cassette du film. |
 |
La parade finale dans les rue du Quartier Français où se
retrouvèrent les traditions du “Congo Square” (lieu de naissance du jazz),
accompagnée par une cohorte d’enfants costumés qui dansaient sur la musique
menée par le français Claude Luter, ancien accompagnateur de Bechet, et
Daniel Bechet, fils de Sydney, né en France et batteur de jazz. |
Merci à Chantal de nous associer à cet événement. Grâce à son
récit, nous pourrons garder en tête la vision de ces enfants qui, par la musique
et la danse, ont retrouvé leurs traditions et auront peut-être appris à associer
le nom de Bechet à celui de Koechlin.
|
1938 Naissance à Paris de Philippe Koechlin. Se
parents, amateurs de musique (sa mère est pianiste classique) lui ont
permis de découvrir le monde du jazz, grâce aux disques de son père qui
adorait Louis Armstrong.
Dans sa jeunesse, il joue du trombone à coulisse au sein du Original
Trocadéro Jazz Band.
1958 Philippe entre à Jazz Hot. Il en sera
le rédacteur en chef de 1965 à 1968. Parallèlement, il présente des
émissions à Radio France.
1966-1970 Il organise des concerts de jazz : Paris
Jazz Festival.
1966 Il tient les rubriques jazz et rock au
Nouvel Observateur.
1966 Il fonde le magazine Rock & Folk dont
il sera le rédacteur en chef/directeur artistique, puis directeur de la
rédaction. Le journal sera revendu en 1990.
1984-88 Il est directeur artistique du magazine
Echo des Savanes.
1989 Co-fondateur du journal Newsport. |
1990 Il devient auteur/réalisateur de télévision.
Engagé par Canal Plus, il réalise une série de portraits de grands musiciens
de jazz.
 | 1991 : Hello Louis (Louis Armstrong), |
 | 1993 : Blue Trane (John Coltrane), co-réalisé avec
Dominique Cazeneuve, |
 | 1994 : Monsieur Bechet (Sidney Bechet), |
 | 1995 :Miles (Miles Davis), nominé aux Emmy Awards 1995, |
 | 1995 : Lady Day (Billie Holiday) |
 | 1996 : Votez Dizzy (Dizzy Gillespie). |
1996 Décède le 10 Décembre à Paris.
1997 Devait tenir la rubrique BD dans le journal
Lire.
Philippe Koechlin a écrit six livres :
 |
Jazz Cartoon (Art moderne) |
 |
Rock Cartoon (Art moderne) |
 |
Mémoires de Rock et de Folk (Mentha) |
 |
Le Jazz, la musique du siècle (Hachette) |
Avec Lionel, son frère :
 |
Entre Chien et Chat (Le
Seuil) |
 |
Chien et Chat à Paris (Le Seuil) |
|
|